Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a exhorté mardi les proches du leader libyen Mouammar Kadhafi à aider à l'arrêter après le mandat d'arrêt lancé à son encontre pour crimes contre l'humanité, au moment où les rebelles ont remporté une victoire sur le terrain.
Sans surprise, le régime libyen a dénoncé la décision des juges de la CPI comme une "couverture pour l'Otan qui a essayé et tente encore d'assassiner Kadhafi", alors que le Conseil national de transition (CNT), organe politique de la rébellion, a estimé que "Justice a été rendue".
L'Otan, qui a pris le 31 mars le commandement des opérations militaires de la coalition internationale, a dit qu'il n'était pas de son ressort d'arrêter le leader contesté et ses alliés visés par le mandat, tout en assurant que sa campagne aérienne contre leurs forces se poursuivrait à un rythme élevé.
Lundi, la CPI a émis un mandat d'arrêt pour crimes contre l'humanité -meurtres et persécutions- contre M. Kadhafi, son fils Seif a-Islam et le chef des renseignements Abdallah Al-Senoussi, plus de quatre mois après le début d'une rébellion réprimée dans le sang, qui s'est ensuite transformée en conflit armé.
Ce mandat a été salué en Europe et aux Etats-Unis, mais le président sud-africain Jacob Zuma s'est en revanche dit "extrêmement déçu" à deux jours du sommet africain en Guinée-Equatoriale qui s'annonce houleux, de plus en plus de voix en Afrique évoquant désormais un départ de M. Kadhafi.
"Le cercle rapproché de Kadhafi est la première option.Ils peuvent exécuter les mandats d'arrêt: ils doivent choisir entre faire partie du problème et risquer d'être poursuivis ou ils peuvent faire partie de la solution", a déclaré le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo.
"La Libye a la responsabilité principale d'exécuter les mandats d'arrêt", a-t-il affirmé, alors que le ministre libyen de la Justice, Mohamed Al-Gamoudi, a dit que son pays n'acceptait pas la compétence de la Cour.
Le procureur a ajouté que le CNT avait "exprimé sa volonté d'exécuter les mandats d'arrêt", soulignant que l'arrestation de M. Kadhafi pourrait être "une question de mois" si les Etats coopèrent avec la Cour.
Alors que le leader libyen, au pouvoir depuis 42 ans, refuse de partir malgré les sanctions et la contestation internationales, les dirigeants de l'Otan ont démenti que certains bombardements l'aient pris pour cible.
Pour les experts, le mandat d'arrêt va pousser le régime dans ses derniers retranchements, avec pour seule logique, la victoire militaire.Selon Natalino Ronzitti, de l'Institut des Affaires internationales de Rome, le mandat ne va pas hâter la fin du conflit."Si des forces terrestres ne sont pas déployées, l'impasse va demeurer".
Sur le terrain, les rebelles se sont emparés d'un important dépôt de munitions dans une zone désertique à 25 km au sud de Zenten, au sud-ouest de Tripoli, selon un correspondant de l'AFP.Le site de plusieurs kilomètres carrés abrite plusieurs dizaines de bâtiments abritant des stocks d'armes.
A court d'armes depuis plusieurs jours, cette prise va les aider dans leur marche sur Tripoli, la bastion du régime, d'où ils ne sont plus qu'à une cinquantaine de kilomètres.
En réponse, les pro-Kadhafi ont essayé d'envoyer des renforts par le sud.Une colonne de véhicules loyalistes a été prise en embuscade et trois de leurs engins détruits, a affirmé la rébellion.
Une grosse fumée noire et des flammes s'échappaient du dépôt de munitions alors que des tirs de joie résonnaient dans la zone désertée par les loyalistes, située à 120 km au sud de la capitale.
Devant le Conseil de sécurité, le secrétaire général adjoint aux Affaires politiques de l'ONU, Lynn Pascoe, a souligné que les rebelles avaient "repris l'initiative" grâce aux frappes aériennes de l'Otan, dans une première indication claire donnée par un responsable de l'ONU sur l'impact de ces raids.
La rébellion continue aussi de marquer des points au niveau diplomatique; deux nouveaux pays, la Bulgarie et la Croatie, ont reconnu le CNT comme représentant légitime du peuple libyen, alors que ses responsables sillonnent plusieurs pays, notamment occidentaux, à la recherche de soutiens politique et surtout financier.
Le conflit a fait depuis le 15 février des milliers de morts, selon le procureur de la CPI, et entraîné la fuite à l'étranger de près de 650.000 Libyens et le déplacement à l'intérieur du pays de 243.000 autres, selon l'ONU.
Envie d'afficher votre publicité ?
Contactez-nousEnvie d'afficher votre publicité ?
Contactez-nous
L'espace des commentaires est ouvert aux inscrits.
Connectez-vous ou créez un compte pour pouvoir commenter cet article.