Arrêté mercredi à son domicile de Harare, le pasteur Mawarire est arrivé dans l'après-midi au palais de justice, soutenu par sa famille et de nombreux partisans.
Selon son avocate, Beatrice Mtetwa, il doit y être inculpé "d'incitation à la violence" via les réseaux sociaux, ainsi que de "subversion contre un gouvernement constitutionnel".
"Je suis très déçu.On pensait vivre dans un nouveau pays avec une nouvelle façon de faire les choses (...).Il est malheureux que ce gouvernement nous traite comme celui de Robert Mugabe", a-t-il commenté à l'extérieur du tribunal, "je n'ai absolument rien fait de ce que l'on me reproche".
Emmerson Mnangagwa a succédé fin 2017 à l'autocrate Robert Mugabe à la tête du pays.
Le Zimbabwe a été le théâtre en début de semaine de violentes manifestations contre la forte hausse des prix des carburants à la pompe décrétée samedi par son gouvernement, dans un pays dévasté par une grave crise économique.
Dans ses deux principales villes, Harare et Bulawayo (sud), de nombreux commerces ont été pillés, des bâtiments et des voitures brûlées par la population en colère.
Porte-drapeau de manifestations antigouvernementales en 2016, M. Mawarire avait appelé la population à participer à la grève générale lancée ce week-end par le principal syndicat du pays (ZCTU).
- Violences -
La contestation a été sévèrement réprimée par la police et l'armée, qui quadrillaient toujours jeudi les rues du centre de Harare et Bulawayo, selon des journalistes de l'AFP.
Les autorités ont jusque-là officiellement reconnu la mort de trois personnes, dont un policier.
Mais de nombreuses ONG locales et l'opposition assurent que le nombre des victimes est bien supérieur, citant des chiffres allant jusqu'à au moins 16 morts.
L'Association des médecins du Zimbabwe pour les droits humains (ZADHR) a indiqué jeudi que ses membres avaient soigné quelque 170 blessés, dont 68 avec des blessures par balles.
Sur la foi des nombreux témoignages qui leur sont parvenus, ces ONG ont également dénoncé de nombreux cas de passages à tabac, voire de torture, et d'arrestations arbitraires.
Selon le responsable régional de Human Rights Watch (HRW), Dewa Mavhinga, le chef de la ZCTU Peter Mutasa, à l'origine de la grève, est "porté disparu depuis lundi".
Le ministre de la Sécurité, Owen Ncube, a annoncé mercredi soir que plus de 600 personnes avaient déjà été arrêtées.
Des dizaines d'entre elles ont comparu mercredi et jeudi devant le tribunal d'Harare pour "violence publique", accusées d'avoir jeté des pierres sur la police ou bloqué des routes.
- 'Retour à la normale' -
Après l'Union européenne, les Etats-Unis sont montés au créneau pour dénoncer "l'usage excessif de la force".
De son côté, Amnesty International a lancé une pétition pour empêcher le "dictateur" Mnangagwa, en tournée à l'étranger, de se rendre au Forum économique de Davos (Suisse) la semaine prochaine.
Mercredi, le chef de l'Etat a justifié l'intervention des forces de l'ordre."Où avez-vous vu un pays qui laisse dormir sa sécurité quand des boutiques sont pillées ?", a-t-il réagi.
"La situation est revenue à la normale", s'est réjoui jeudi son ministre de l'Intérieur, Cain Mathema.
M. Mnangagwa a hérité d'un pays dans une situation catastrophique, caractérisée par un manque criant de liquidités et une inflation galopante.Les chiffres du Bureau zimbabwéen de la statistique ont révélé jeudi que la hausse annuelle des prix avaient atteint 42,1% en décembre.
La crise s'est accélérée ces derniers mois, provoquant des pénuries de la plupart des denrées de base, dont le carburant.
Le gouvernement a annoncé samedi la multiplication par deux et demi des prix de l'essence dans l'espoir d'en réduire la consommation et d'enrayer les nombreux trafics liés à la dévaluation de la quasi-devise locale, les "bond notes".
La population redoute désormais une hausse générale des prix et dénonce la faillite du gouvernement.
"Depuis le début des troubles lundi (...), les gens sont cloîtrés chez eux, il n'y a pas de transport public, les écoles sont fermées et les gens manquent de nourriture", a dénoncé Dewa Mavhinga de HRW."Si ça ne s'améliore pas, les familles vont à nouveau devoir sortir dans les rues".
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