A peine rentré à Harare, M. Mnangagwa a invité "les chefs des partis politiques et les responsables religieux et de la société civile" à "engager un dialogue national" avec son gouvernement.
"Faisons de l'économie notre priorité.Faisons de la population notre priorité", a-t-il lancé, en promettant de sanctionner les dérapages de ses forces de l'ordre.
Sa main tendue a été refusée sans délai par le chef de l'opposition."Pour dialoguer, il faut être libre de parler.Aujourd'hui, les voix de la nation sont bâillonnées par la prison ou par la peur", a réagi Nelson Chamisa sur Twitter.
"Nous exigeons la fin immédiate de la répression et de la terreur", a insisté le président du Mouvement pour un changement démocratique (MDC).
Le Zimbabwe a été secoué la semaine dernière par de violentes manifestations contre la hausse spectaculaire (+150%) des prix des carburants ordonnée par le gouvernement, dans un pays étranglé par deux décennies de crise économique.
Le régime a riposté en ordonnant une répression féroce contre le principal syndicat du pays (ZCTU), qui avait appelé à une grève générale de trois jours, la société civile et l'opposition.
Dans un rapport publié mardi, la Commission zimbabwéenne des droits de l'Homme, nommée par les autorités, a accusé l'armée et la police de "tortures systématiques", citant de nombreux cas "d'hommes passés à tabac à terre".
- "Inquiétudes" -
Le Forum des ONG des droits de l'homme au Zimbabwe a recensé au moins 12 morts et de 78 blessés par balles.
Mardi, la cheffe de la diplomatie de l'Union européenne, Federica Mogherini, a une nouvelle fois exprimé ses "sérieuses inquiétudes sur l'escalade de la violence au Zimbabwe" et insisté sur le droit de la population à "manifester dans le calme".
"Ce n'était pas une manifestation pacifique", s'est défendu de son côté Emmerson Mnangagwa, dénonçant des "violences injustifiées et des destructions cyniques".
"Les violences ou les mauvais comportements de nos forces de sécurité sont inacceptables", a-t-il toutefois promis, "les fautes feront l'objet d'une enquête, s'il le faut des têtes tomberont".
Plus de 600 personnes ont été arrêtées depuis le début de la fronde.
Parmi elles figurent le pasteur Evan Mawarire, figure de la contestation antigouvernementale de 2016, le chef de la ZCTU, Japhet Moyo, et plusieurs élus du MDC.
De son côté, l'Association des avocats pour les droits de l'Homme (ZLHR) a rapporté mardi l'interpellation dans un hôpital de 28 blessés."Regrettable, déplorable et particulièrement inhumain", a déploré l'ONG.
Le gouvernement a également ordonné le blocage des réseaux sociaux mais il a été désavoué lundi par un tribunal, saisi par des ONG de la société civile.L'internet était rétabli mardi.
La répression des derniers jours est considérée comme la plus brutale depuis les violences ordonnées par le régime de Robert Mugabe contre ses opposants lors de l'élection présidentielle de 2008.Elles s'étaient soldées par plus de 200 morts.
- Levée des sanctions -
La situation s'est normalisée depuis lundi dans le pays, où la plupart des magasins ont rouvert dans les grandes villes.L'armée et la police y restaient toutefois déployées.
"Je suis heureux que le pays soit calme.Il faut que notre peuple se concentre sur son travail", a déclaré M. Mnangagwa à son retour lundi soir à Harare.
Après des visites en Russie et au Kazakhstan, le chef de l'Etat a été contraint de renoncer à sa participation au Forum économique de Davos (Suisse), où il souhaitait plaider la cause de son pays auprès des investisseurs étrangers.
Lui aussi en Suisse, son collègue sud-africain Cyril Ramaphosa a demandé mardi la levée des sanctions internationales qui frappent son voisin depuis l'ère Mugabe afin, a-t-il dit, "que l'économie du Zimbabwe puisse commencer à se redresser".
Au pouvoir depuis la démission de Robert Mugabe en novembre 2017, Emmerson Mnangagwa a hérité d'un pays financièrement exsangue, victime d'un manque criant de liquidité, d'une inflation galopante et, depuis quelques mois, de graves pénuries.
Le quotidien de la plupart des Zimbabwéens se résume à un combat permanent pour trouver de l'argent liquide, de la nourriture et des médicaments.
M. Mnangagwa a justifié l'augmentation des prix du pétrole pour enrayer les pénuries."C'était la seule chose à faire", a-t-il répété.
"Nous ne croyons pas en sa parole.Si le président veut sérieusement dialoguer, il doit s'engager à résoudre les problèmes du Zimbabwe", a balayé d'un revers de main le vice-président du MDC, Morgen Komichi, "ce qui s'est passé est le résultat du ras-le-bol des citoyens".
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