"Au total, 33 personnes ont été libérées jusqu'ici.Les procédures sont en cours pour le reste", a indiqué un communiqué du ministère de la Justice sans préciser leurs noms.
Des photos et vidéos relayées sur les réseaux sociaux montrent des détenus retrouvant leurs proches dans plusieurs régions du pays.
Devant la prison de Koléa, à l'ouest d'Alger, familles, proches, journalistes et militants, attendaient la libération des prisonniers.
Beaucoup espéraient la sortie du journaliste Khaled Drareni, condamné à deux ans de prison en septembre dernier et devenu le symbole du combat pour la liberté de la presse en Algérie.Mais il est n'est pas certain que le correspondant en Algérie de la chaîne TV5 Monde et de Reporters sans frontières, puisse bénéficier de la mesure présidentielle.
M. Drareni, 40 ans, attend que la Cour suprême se prononce le 25 février sur son pourvoi en cassation.
"La grâce ne concerne que les personnes jugées définitivement.Dans beaucoup d'affaires, comme celles de Drareni ou de (l'opposant) Rachid Nekkaz, il n'y a pas encore eu de jugement définitif", a expliqué à l'AFP Mostefa Bouchachi, avocat et vétéran des droits humains.
Mais selon lui il est possible que certains détenus non encore jugés soient remis en liberté provisoire, à la demande du pouvoir.
- "Pas suffisant" -
Rachid Nekkaz, 47 ans, incarcéré à la prison d'El Bayadh (sud-ouest), a commencé une grève de la faim vendredi pour protester contre sa détention prolongée, sans jugement, malgré la détérioration de son état de santé selon son entourage.
"Nous souhaitons que la grâce soit un premier pas vers une véritable transition politique où le peuple sera souverain", a déclaré à l'AFP l'avocat Abdelghani Badi devant la prison de Koléa.
Dans son discours à la nation jeudi, M. Tebboune a déclaré: "Le +Hirak béni+ a sauvé l'Algérie.J'ai décidé d'accorder une grâce présidentielle (...) Entre 55 et 60 personnes rejoindront leurs familles" d'ici vendredi soir.
Selon le CNLD, quelque 70 personnes sont en prison en lien avec le Hirak et/ou les libertés individuelles.
"Le peuple n'est pas satisfait des décisions du gouvernement, nous voulons construire un pays indépendant et libre, et cette grâce est loin d'être suffisante", a réagi devant l'AFP Moussa Abdelli, un chauffeur de taxi de 57 ans.
Plusieurs militants ont par contre salué ces libérations alors que le pays est miné par une triple crise politique, économique et sanitaire.
Au lendemain de son élection en décembre 2019, M. Tebboune a accordé une grâce à 76 détenus, dont des figures du Hirak, libérés le 2 janvier 2020.
Ce nouveau geste d'apaisement du président, sitôt de retour d'un longue hospitalisation en Allemagne, survient avant le 2e anniversaire du Hirak, le 22 février 2019, qui a forcé l'ex-homme fort Abdelaziz Bouteflika à quitter le pouvoir.
- Elections anticipées -
Le Hirak, suspendu depuis mars dernier en raison de la crise sanitaire, a repris ses marches à quelques jours de la date anniversaire.
Mardi, des milliers d'Algériens se sont rassemblés à Kherrata (est), ville considérée comme le berceau du soulèvement inédit, pour réclamer "la chute du régime" et "la libération des détenus d'opinion".
Selon des militants, des manifestations ont également eu lieu vendredi à Khenchela et Sétif (est) et des appels à manifester lundi dans tout le pays circulent sur les réseaux sociaux.
Des forces de police et véhicules antiémeutes étaient déployés en grand nombre vendredi, traditionnel jour des marches du Hirak, dans le centre d'Alger.
"A part la libération des détenus (...), Tebboune maintient toujours sa feuille de route et son agenda d'aller aux législatives pour achever le Hirak", déplore Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme (LADDH).
M. Tebboune a promis de dissoudre l'Assemblée nationale et d'organiser des législatives anticipées d'ici la fin de l'année.
Un remaniement ministériel devrait également intervenir "dans les 48 heures au maximum".
"En offrant des perspectives électorales et de participation à la vie politique, le président espère changer la donne, et remettre la vie politique dans les institutions pour l'extraire définitivement de la rue", analyse Abed Charef.
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