Ouganda: ouverture du premier procès pour crimes de guerre

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GULU (Ouganda) (AFP) - (AFP)

Le premier procès pour crimes de guerre en Ouganda s'est ouvert lundi à Gulu, dans le nord du pays, où comparait un ancien commandant de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), un mouvement de guerilla qui a multiplié les exactions contre les civils pendant vingt ans.

Thomas Kwoyelo, qui avait rang de "colonel" au sein de la LRA, a réfuté devant une chambre spéciale de la Haute Cour de justice les 53 chefs d'accusation d'assassinats, prises d'otage, destruction de biens d'autrui et blessures.

"Toutes les attaques ont été soit commises par lui soit menées en toute connaissance de sa part", selon l'acte d'accusation.

Menotté mais cheveux impeccablement coiffés, portant une chemise verte, Thomas Kwoyelo, 39 ans, a secoué la tête en signe de dénégation lors de la lecture des chefs d'accusation, devant une salle d'audience pleine à craquer.La chambre spéciale tient son audience inaugurale à Gulu, principale ville du nord de l'Ouganda et théâtre de certaines des pires atrocités de la LRA.

"Les Ougandais et la communauté internationale savent que justice doit être rendue et elle sera rendue.Ceci indépendamment de qui gagne et de qui perd", a déclaré à l'ouverture des débats le président d'audience, le juge Yorokamu Bamwiine.

Quelques mois après l'accession au pouvoir par les armes, en 1986, de l'actuel président ougandais Yoweri Museveni, est né dans le Nord du pays, majoritairement peuplé par l'ethnie Acholi, un mouvement de guerilla opposé aux forces gouvernementales.

Ce mouvement s'opposait à Museveni, qui venait de chasser du pouvoir un conseil militaire composé de gradés originaires du Nord et qui avait présenté sa propre rébellion comme une lutte contre le Nord.

Les combats, qui n'ont cessé qu'avec le lancement d'un processus de paix en 2006, ont fait plusieurs dizaines de milliers de morts et 1,8 million de déplacés.

Dirigée à partir de 1988 par Joseph Kony, en fuite aujourd'hui, la LRA est accusée de massacres de civils, de mutilations et d'enrôlements forcés d'enfants.Amoindri et chassé d'Ouganda, ce mouvement demeure actif en Centrafrique et dans le nord-est de la RD Congo.Les organisations de défense de droits de l'homme ont également accusé les forces gouvernementales de nombreux crimes contre les civils pendant les deux décennies de combats.

Joseph Kony et trois de ses plus proches lieutenants sont depuis 2005 sous le coup de mandats d'arrêt émis par la Cour pénale internationale, ce qui n'est pas le cas de Thomas Kwoyelo.

En avril 2008, après 20 mois de négociations, Kampala et la LRA ont finalisé un accord de paix, mais Joseph Kony a toujours refusé de le signer, invoquant les mandats d'arrêt de la CPI pour crimes de guerre et contre l'humanité contre lui et ses collaborateurs.

Alors que le processus de paix avançait et que la LRA persistait à désigner la CPI comme le plus grand obstacle, l'Ouganda a annoncé la création d'une division spéciale de sa Haute Cour pour enquêter sur les crimes de guerre, avec alors l'idée que si la CPI estimait ce tribunal local légitime, elle pourrait abandonner ses mandats d'arrêt.

"Des poursuites pour crimes de guerre menées sur place sont essentielles pour s'assurer que les auteurs de crimes graves commis pendant le conflit dans le Nord de l'Ouganda n'échappent pas à la justice", a affirmé Elise Keppler, de l'organisation Human Rights Watch, dans un communiqué.

"Mais les procès doivent être équitables et crédibles, et les témoins doivent être protégés.Ce premier procès servira de test pour savoir si ces critères sont respectés", a-t-elle ajouté.

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