"Jamais je ne pourrais continuer le sport en étant découverte", déclare Diakonba Cissé, handballeuse en nationale 2. Elle préférerait abandonner le sport qu’elle pratique depuis quatorze ans plutôt que de retirer son couvre-chef sportif.
Une proposition de loi votée mardi 18 février au Sénat pourrait interdire le port de signes religieux ou politiques dans l’ensemble des compétitions, y compris amateurs.
Adoptée à 210 voix favorables contre 81 voix à la chambre haute du Sénat, dominée par une alliance droite-centriste, elle entend répondre à des principes de neutralité et de protection de la laïcité.
Certaines fédérations ont établi leurs propres réglementations concernant les signes cultuels. Le texte pourrait accorder tous les organismes sur une ligne commune.
Une nouvelle discrimination ?
Le voile, comme tout autre symbole affilié à une religion, doit déjà être retiré lors des compétitions officielles de basket-ball, de football, de rugby et de volley. Ces fédérations ont choisi d’appliquer ces règles sans y être contraintes par la loi.
🔴 Le Sénat a adopté la proposition de loi visant à assurer le respect du principe de laïcité dans le sport.
— Sénat (@Senat) February 18, 2025
Pour en savoir plus :
🔗 Consulter la loi en clair https://t.co/GhopZNDbl3 pic.twitter.com/Pc0LEkTtFA
À lire : L'interdiction du port du voile pour l'équipe de France devrait être "annulée" selon des experts de l'ONU
Zoulfat Habdallah ressent un vide dans sa vie, le basket-ball “rythmait” ses semaines. La jeune femme voilée, devant se limiter aux entraînements et aux rencontres amicales, a préféré y renoncer.
En s'intéressant à cette interdiction, elle découvre le collectif "Basket Pour Toutes", cofondé par la sociologue Haïfa Tlili et Thimothée Gauthierot, président d’un club de basket et conseiller municipal délégué au numérique et à l’éducation par le sport à Noisy-le-Sec, en Seine-Saint-Denis.
“C’est très clairement une nouvelle discrimination qui va exclure les filles et les femmes qui jouent avec leur couvre-chef”, pour le président du club. Il observe un “désinvestissement progressif” des athlètes, depuis la mise en application de ce rêglement. Créant un déséquilibre au sein de l'association sportive.
Des clubs mis au pas
“Elles ne font pas de prosélytisme, elles existent simplement comme elles sont”, pour la sociologue qui a travaillé sur la question des femmes et des filles dans le sport. Cette proposition de loi s’inscrit dans “la continuité de la politique du sport en France”. Le texte “stigmatise ces populations” et “légitime les discours racistes, xénophobes, sexistes et islamophobes”, déclare la sociologue.
Au contraire, Patrick Karam, sixième vice-président de la région Île-de-France chargé des Sports, de l’héritage olympique et paralympique, de la citoyenneté et des loisirs, affirme que le “sport est l’un des premiers vecteurs de la radicalisation”, lors d’une table ronde sur le milieu associatif et sportif en décembre dernier.
Auditionné par le Sénat au sujet de la proposition de loi, il utilise une méthode drastique pour bannir les signes de "radicalisation" dans les fédérations de la région.
Selon le vice-président, elle peut prendre plusieurs formes tel que "la tenue vestimentaire qui couvre le corps pour les femmes comme pour les hommes”, “la modification des horaires d’entraînements pour le ramadan”, “le refus d’avoir un éducateur d’un autre sexe” ou encore “le port du voile dans nos clubs” - même s’il admet que la radicalisation reste minoritaire dans le milieu sportif.
Fier de son palmarès, Patrick Karam déclare avoir fait reculer la majorité des clubs sur cette interdiction en Île-de-France “en menaçant de ne plus verser les subventions et les financements”.
L'Ile-de-France, une région pilote
Récemment, une secrétaire générale du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPD) a “déclaré qu’elle allait proposer au gouvernement de faire de l’Île-de-France la région pilote des mesures dans les prochains plans du gouvernement contre la radicalisation”.
La Fédération française de handball serait la prochaine à approuver cette règle, d’après Patrick Karam.
En début d’année 2025, les règlements de cette discipline se durcissent pour l'adhérente Diakonba, s'entrainant en région parisenne.
Pour la première fois, sa fédération lui “impose d’enlever” son foulard “pour faire la photo de licence”. Elle posera à contrecœur pour ce cliché.
Envie d'afficher votre publicité ?
Contactez-nousEnvie d'afficher votre publicité ?
Contactez-nous
L'espace des commentaires est ouvert aux inscrits.
Connectez-vous ou créez un compte pour pouvoir commenter cet article.