Lundi 31 mars, il y a eu la cérémonie du guide Michelin. Et il y a deux ans, c'est vous qui réalisiez votre "rêve secret" en décrochant une étoile, devenant ainsi une des rares femmes à décrocher cette étoile et la première d'origine africaine à la recevoir. Est-ce que deux ans plus tard, on réalise toujours qu'on a décroché une étoile au Guide Michelin ?
Oui, je pense que deux ans après, ça y est, on intègre le fait qu'on a reçu, comme on dit dans le milieu, le Graal. Voilà. Après un rêve secret peut-être, je ne crois pas. J'aime bien dire que ce n'est pas forcément un rêve que moi que j'ai nourri ou chéri depuis que je suis toute petite et encore moins depuis que j'ai décidé de faire ma reconversion.
À aucun moment je ne me disais que je serais à la tête d'un restaurant gastronomique et qui en plus aurait une étoile. Mais c'est vrai que je le prends comme une consécration.
Dans “Oui, cheffe !”, on découvre Georgiana Viou, la femme. Vous nous racontez votre histoire en nous apostrophant par moments, vous évoquez votre enfance et votre jeunesse au Bénin, votre premier projet, qui était de devenir traductrice à Genève, en Suisse. Puis, vous nous parlez de votre arrivée en France à l'âge de 22 ans. Et tout cela, sans filtre. Mais nous avez-vous tout dit ? Y a-t-il des choses que vous avez tout de même préférées garder pour vous ?
Forcément, il y a des choses qu'on garde. Ce n'est déjà pas un exercice facile de se livrer de la sorte.
J'avoue que ça par contre, je ne l'ai pas encore bien intégré. Au début du livre, je crois que je dis "je vous dirai absolument tout". Mais en réalité, je pense que tout le monde en est conscient, il y a forcément des choses que je garde pour moi. J'ai essayé de dire tout ce qui, pour moi, semblait intéressant dans ce parcours.
Et lorsque vous étiez dans le processus d'écriture, que vous vous êtes replongée dans les épisodes clés de votre vie, quel regard portez-vous sur votre parcours, sur votre vie ?
C'est surtout ça aussi qui au début m'a un peu freiné pour l'écriture de ce livre. Je me disais : "Qu'est-ce qu'elle a de si exceptionnelle cette traversée ?" "Qu'est-ce qu'il a de si exceptionnel ce parcours pour qu'on veuille en fait en faire un objet durable ?", parce qu'un livre, ça reste.
Il y a des gens qui sont dans des situations très compliquées dans le monde. Je ne vais pas vous faire de dessin : que ce soit les personnes vivant dans un pays en guerre ou ces femmes qui se trouvent dans des régions où elles ne sont pas totalement libres. Je pourrais citer mille autres exemples. Du coup, je me dis : bon, ce ne sont que de petites difficultés.
Mais après l'obtention de l'étoile, j'ai eu tellement de messages de personnes, que ce soit dans la restauration ou ailleurs en France et même aux États-Unis, en Amérique du Sud qui m'ont écrit en me disant “merci”, “ça me donne de la force”, “ça m'inspire”, “ça me fait dire que moi aussi, je peux y arriver”. Et pourtant, ce n'est pas forcément dans le même domaine.
Quand Olivier a repris contact avec moi, je me suis dit "bon, si ce livre peut aider ne serait ce qu'une personne à avoir de la force pour avancer dans son parcours personnel, eh bien alors ça vaut peut-être le coup de le faire".
Quand on vous rappelle que vous êtes la première femme noire d'origine africaine à avoir décroché une étoile. Est-ce que pour vous, c'est plutôt une lourde responsabilité ou pas du tout ?
En fait, j'éludais complètement la question. Je bottais en touche et aujourd'hui, je ne le prends pas du tout comme une responsabilité. Je ne trouve pas ça lourd du tout. C'est un fait. Je suis une femme, je suis noire. Mais une fois qu'on a dit ça, qu'est-ce qu'on veut raconter ?
Ce qu'on veut raconter, c'est que certes, on est dans un pays qui est la France où on a quand même des libertés incroyables, qu'heureusement, on n'est pas dans un pays ségrégationniste où on mettait les femmes noires d'un côté et puis les autres de l'autre, mais par moment, encore aujourd'hui, le fait d'être une femme, ça peut être compliqué dans certains milieux professionnels. Et le fait d'être une femme noire, eh bien ça pose encore souci.
Mais ça, ce n'est pas très grave.
Moi, j'ai longtemps vécu à Marseille, je me considère comme étant marseillaise et je peux vous dire qu'aujourd'hui, à Marseille, sans avoir fait de recherches sur la question, je crois que je peux affirmer que c'est une des villes françaises où on a vraiment le plus de femmes, cuisinières, femmes, chefs et propriétaires même la plupart du temps de leur établissement.
Alors oui, tout le monde n'est pas en quête de l'étoile Michelin et le fait de ne pas avoir l'étoile Michelin ne veut pas dire qu'on ne fait pas un travail de qualité.
Mais en réalité, je crois qu'elles sont plus occupées à faire ce qu'elles savent faire plutôt que de se montrer ou de se mettre dans la lumière.
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