Les rebelles libyens du djebel Nefoussa assurent que le ramadan n'interrompra pas leur "marche sur Tripoli", mais lundi, le premier jour de jeûne et les fortes chaleurs semblent avoir plongé le front, aux pieds des falaises, dans la léthargie.
La veille, les insurgés descendus des montagnes avaient réussi à s'emparer pendant quelques heures du village de Joch, à environ 200 km au sud-ouest de Tripoli.
Mais ils ont reflué avant la tombée du jour et lundi matin, au premier jour du mois sacré musulman, une quinzaine d'hommes et quatre pick-up sont seuls chargés de garder la dernière position rebelle sur la route, à une dizaine de kilomètres de Joch.
Dans cette région aride, le soleil tape dès le milieu de la matinée.Les combattants sont pour la plupart couchés à l'ombre de camions ou sous des abris, quelques planches posées sur des fûts de 500 litres.
Mohamed Attish, chef militaire du village voisin de Roujban, justifie la retraite: "Le temps était mauvais, il y avait un fort vent de sable, les hommes étaient épuisés...Mais ce n'est pas grave.Nous attendons les ordres et nous reprendrons Joch dès qu'on nous l'ordonnera".
Même si le Coran autorise les combattants, comme les malades ou les voyageurs, à boire et à manger pendant la journée, tous les hommes interrogés lundi affirment vouloir respecter le jeûne.
"Notre Prophète (la paix soit sur Lui) a jeûné en combattant, alors nous allons faire de même", assure Akram Magora, 21 ans, pantalon de treillis et t-shirt siglé "Versace".Il sourit."Je vais tenter de ne rien avaler avant le coucher du soleil...Mais si je deviens trop faible, je boirai peut-être un peu."
Une roquette est tirée, à l'aveuglette, en direction de Joch.Partie d'un lanceur artisanal, quatre tubes bricolés et soudés sur un châssis, elle s'écrase dans le sable, au bord de la route à 500 mètres de là.
Soudain deux 4x4 arrivent en trombe.Du premier descend le général Omar Hariri, membre du conseil militaire de la rébellion, venu en avion depuis Benghazi."Vous avez fait du bon boulot hier les gars, mais j'aurais préféré que vous teniez vos positions", leur lance-t-il."Il faut sécuriser le terrain gagné, ne pas reculer".
Les combattants lui expliquent que les forces de Kadhafi leur tiraient dessus de loin, aux fusils de franc-tireurs, que les renforts attendus ne sont pas arrivés, que le vent de sable n'a rien arrangé....Le général sourit, tape des épaules, encourage.
"Le jeûne ne va pas les affaiblir", assure-t-il à l'AFP."Les plus grandes victoires pour les musulmans ont été réalisées pendant le ramadan et je suis sûr, si Dieu le veut, que nous allons réaliser de grandes choses pendant le mois sacré".
"Nous espérons qu'il y aura une avancé progressive, en même temps des fronts de Misrata et de la montagne.Sans oublier les rebelles qui se mobilisent à l'intérieur des villes".
La veille, le colonel Juma Brahim, porte-parole des forces rebelles dans tout le djebel Nefoussa, avait lui aussi assuré que les rebelles allaient continuer de combattre: "Notre cause est sacrée, c'est un jihad.Pas question de donner à Kadhafi, qui est en mauvaise posture, cet avantage.Ce n'est pas le moment".
A 43 ans, Akram Ramadan, bob kaki et grosses lunettes de soleil, a tout quitté à Manchester (Grande-Bretagne) il y a quatre mois pour venir se battre pour la cause défendue autrefois par son père, qui a dû pour cela s'exiler.
"Il sera toujours temps de jeûner l'an prochain, quand nous serons libres", dit-il."En fait, c'est un bon mois pour combattre, et peut-être mourir.On est plus proche de Dieu".
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