La Ligue de jeunesse de l'ANC (ANCYL), dirigée par le sulfureux Julius Malema, n'hésite plus à défier l'ANC au pouvoir en Afrique du Sud, prenant des positions agressives et contraires à la politique du gouvernement, y compris en politique étrangère.
Le discours radical, et souvent anti-blanc de la "Youth League", met le Congrès national africain (ANC) de plus en plus mal à l'aise.
Mais la plupart des analystes voient surtout dans ce mouvement une soupape de décompression pour la société sud-africaine, où les inégalités économiques entre Noirs et Blancs ne sont toujours pas gommées, dix-sept ans après la fin de la domination blanche.
"Le problème, c'est que notre réalité politique est celle de la domination d'un seul parti, et que l'ANC n'a pas réussi à transformer son pouvoir politique en pouvoir économique, et n'a pas permis à la majorité de profiter de ce pouvoir", assure ainsi Aubrey Matshiqi, du Centre d'études politiques.
La tension, régulière entre l'ANCYL et sa maison mère, est montée d'un cran cette semaine lorsque Julius Malema a accusé le président du Botswana voisin, Ian Khama, d'être "une marionnette des Américains", et a annoncé son intention de créer "une équipe pour travailler avec les partis d'opposition au Botswana dans le but de faire chuter Khama".
L'ANC a immédiatement réagi, par la voix de son secrétaire général Gwede Mantashe, accusant la Ligue de jeunesse de chercher à "saper l'autorité de l'ANC".Il a réaffirmé que l'Afrique du Sud n'avait nullement pour politique de déstabiliser le pouvoir dans les pays voisins.
Mais jeudi, la Ligue a de nouveau critiqué le pouvoir, en dénonçant l'octroi d'un prêt par l'Afrique du Sud au Swaziland, une monarchie absolue où la démocratie n'est encore qu'un mirage.
Même harcèlement en politique intérieure, où l'ANCYL joue un rôle de poil à gratter pour le pouvoir, en rappelant les promesses laissées en route depuis le retour à la démocratie.
A commencer par les nationalisations, dont l'ANC a oublié l'idée, ayant adapté sa politique à l'économie libérale et mondialisée des années 1990.
La "Youth League", il est vrai, a hérité d'une très longue tradition d'indépendance et parfois d'indiscipline.
Fondée en 1944 par un groupe de jeunes militants qui ne se satisfaisaient plus de la passivité de la vieille ANC, elle a servi de tremplin à la génération Mandela, qui en fut membre fondateur, avec Oliver Tambo et Walter Sisulu notamment.
Elle est aujourd'hui présidée par Julius Malema, un tribun doué et intransigeant qui s'est fait remarquer par un discours populiste et des positions hostiles aux Blancs.
En avril, il a été jugé pour avoir remis à l'honneur dans ses meetings une chanson de l'époque de l'apartheid intitulée "Tuez le boer" (le fermier blanc, et plus généralement l'Afrikaner).
En mai, il a suggéré d'exproprier sans compensation les blancs possesseurs de terre, en affirmant: "Ils ne nous les ont jamais achetées".
La question de savoir si l'ANCYL et son leader représentent l'avenir de l'Afrique du Sud, ou s'il ne s'agit que d'un épiphénomène, n'est pas tranchée.Pour M. Matshiqi, du Centre d'études politiques, "si Malema veut devenir le chef de ce pays, il lui faudra de toutes façons élargir son audience bien au-delà de la Ligue, et même au delà de l'ANC".Donc assouplir ses positions.
"Certains ont voulu voir en lui l'idiot du village, d'autres un jeune arrogant indiscipliné ivre de pouvoir.Mais (Malema) apparaît comme un politicien intrépide et habile, à l'aise dans les toutes les situations difficiles", dit de lui le quotidien Sowetan, lu majoritairement par les Noirs.
L'analyste Georgina Guedes, dans une tribune publiée sur le site News24, explique pourquoi l'ANCYL, malgré son opposition de plus en plus virulente, ne se détache pas de l'ANC.
"Le nom ANC est bien plus puissant que les gens et les politiques qui se cachent derrière.Coupez quelqu'un --bon ou mauvais-- de l'ANC, et il perdra immédiatement son soutien populaire, parce que ce pays et sa population doivent beaucoup à ce parti, et la loyauté envers son nom est plus importante qu'envers n'importe quel individu qui s'en réclame".
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