Le spectre d'une nationalisation des mines réclamée par Julius Malema, le turbulent leader de la Ligue de jeunesse du Congrès national africain (ANC), inquiète les milieux d'affaires sud-africains qui se demandent s'il réussira à infléchir la politique libérale du gouvernement.
Relançant un débat récurrent depuis plusieurs années, "Juju" en a fait son cheval de bataille.
"Nous refusons de continuer à vivre dans une colonie", a-t-il lancé à plusieurs reprises, demandant aussi la nationalisation des banques et la saisie des 45.000 fermes exploitées par des Blancs, qui occupent encore la grande majorité des terres arables du pays.
Il fait campagne pour un changement de la Constitution permettant de récupérer mines, banques et terres agricoles sans avoir à dédommager des propriétaires qui, dit-il, n'ont jamais acheté leurs biens aux Africains.
Jusqu'à présent, Julius Malema était considéré comme un personnage assez folklorique.Mais son insistance, son exposition médiatique et ses liens avec le parti au pouvoir commencent à sérieusement inquiéter.
Au point que les investissements ont ralenti dans le secteur des mines - charbon, or, diamants, etc - qui emploie plus d'un million de personnes et représente près de 20% du PIB sud-africain.
L'ANC a mené une politique plutôt libérale depuis son arrivée au pouvoir en 1994.Et bien qu'il soit d'inspiration marxiste, le parti a plutôt eu tendance à privatiser...Sa Ligue de jeunesse le fera-t-elle changer d'avis?
"Nous ne nous réveillons pas et n'adoptons des politiques simplement parce qu'un groupe donne de la voix sur la nationalisation des mines.Ca ne marche pas comme ça", a sèchement répliqué Gwede Mantashe, le secrétaire général de l'ANC, ajoutant que les médias seraient bien naïfs de croire que Julius Malema a un pouvoir de décision dans le parti.
L'ANC a cependant mis sur pied une commission chargé d'étudier la question, qui doit rendre son rapport d'ici la fin de l'année.
"Nous qui dirigeons le pays sommes conscients du mal que ce dangereux débat fait à l'image et aux investissements dans ce pays", a regretté lundi le ministre des Entreprises publiques Malusi Gigaba.
Sa collègue responsable des Mines et de l'Energie, Susan Shabangu, a estimé mardi dans un discours que la priorité devrait être de débattre des moyens de combattre les "triplés démoniaques" que sont la pauvreté, les inégalités, et le chômage.
"La bonne question ne devrait pas être si oui ou non nous nationalisons.La question, à mon avis, devrait être: comment faire usage de notre importante richesse minérale pour éliminer ces triplés démoniaques?", a-t-elle interrogé.
La plupart des intervenants à un débat organisé jeudi par la Chambre de commerce et d'industrie sud-africaine étaient d'un avis assez semblable.
Frans Cronje, chercheur à l'Institut sud-africain des relations entre les races, souligne que la moitié des jeunes noirs âgés de 15 à 34 ans ne travailleront jamais dans l'économie formelle, faute d'une formation suffisante, d'autant que la croissance n'est pas assez forte pour créer suffisamment d'emplois.
"Tant que cette question ne sera pas réglée, nous n'échapperons pas au problème" des nationalisations, a-t-il jugé, car c'est dans cette population désoeuvrée et désespérée que Julius Malema trouve ses soutiens.
"La nationalisation ne va pas résoudre le problème.En fait, elle handicapera beaucoup l'Afrique du Sud dans ses efforts pour tenter de le résoudre", a estimé Roger Baxter, économiste à la Chambre des mines.
Le secteur privé s'en sort généralement mieux que le public pour créer de la richesse, souligne-t-il de toute façon.
Reste à la redistribuer.
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