Des centaines de Somaliennes entourées de leurs enfants patientent, debout, depuis des heures, dans l'espoir d'obtenir ce qui pour la plupart d'entre elles constituera leur premier repas cuisiné depuis qu'elles ont fui la sécheresse, la famine et les attaques armées.
"Sur la route pour venir jusqu'ici j'avais tellement faim et soif", raconte Batulo Malim Mohamed assise à l'ombre, dans l'attente d'un repas.
"Quand je suis arrivée, je n'avais rien, aussi j'ai dû mendier pour obtenir quelque chose à manger", ajoute-t-elle, berçant doucement son fils Ali, souffrant de dénutrition.
Beaucoup ont marché des jours durant pour atteindre Doolow, cette ville du sud de la Somalie ravagée par la guerre dans la région de Gedo, où sont passés des dizaines de milliers de déplacés.
Doolow est la dernière localité avant les camps de réfugiés en Ethiopie, environ 2.000 personnes y transitent régulièrement, selon le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).
Aussi le Fonds pour la protection de l'enfance de l'ONU (Unicef) a-t-il ouvert à Doolow un nouveau centre de distribution de nourriture pour ceux qui arrivent épuisés.
Des bouillies sucrées de flocons d'avoine, de l'huile et d'autres aliments dans des tasses en plastic sont préparés pour 900 personnes, beaucoup attendent dès le matin.
Quand le bruit court qu'il n'y a plus de nourriture, c'est la panique.La foule essaie de forcer le barrage de soldats en armes pour atteindre l'aire de distribution.
"Il m'a fallu neuf jours pour venir de Wajid", explique Habiba Isack à l'AFP, son bébé de six mois attaché sur son dos.
"En chemin, j'étais affamée et je n'avais pas d'argent pour acheter ma nourriture.Mon mari m'a envoyée toute seule ici, aussi j'ai fait le voyage avec mon enfant.J'ai pensé mourir de faim", poursuit-elle.
Un seul repas peut être suffisant pour inciter les déplacés à rester plutôt que de poursuivre leur route jusqu'en Ethiopie.
"Si je peux être aidée ici, alors je resterai", assure Fardowso Diriye, 23 ans.Elle a mis 8 jours pour arriver, avec son fils et celui de sa belle-soeur, tuée par la famine.
"Maintenant, il faut que je m'occupe de lui", ajoute-t-elle.
L'ONU a déclaré mercredi trois nouvelles zones du sud de la Somalie, dont la capitale Mogadiscio, en état de famine et a prévenu que la crise pouvait prendre encore de l'ampleur et que les travailleurs humanitaires étaient à la limite de leurs capacités.
"Nous recevons plus de monde que prévu", indique Erin McClowskey, spécialiste de la nutrition à l'Unicef, au premier jour de la distribution de nourriture à Doolow.
"Je viens juste d'examiner le cahier d'enregistrement et ils sont le double de ce qui était prévu", s'exclame-t-elle.
Mais l'Unicef espère que la distribution alimentaire évitera aux personnes qui se déplacent de se retrouver dans les camps de réfugiés en Ethiopie.
"Les gens ne veulent pas quitter la Somalie, c'est leur pays.Ils ne veulent pas aller en Ethiopie ou au Kenya dans des camps", ajoute Mme McClowskey.
"Nous espérons que notre aide va leur permettre de rester dans leur pays, peut-être pour un court moment, jusqu'à ce qu'ils décident de leur avenir".
Mais, ici, les déplacés reçoivent seulement de l'aide alimentaire.
"Je n'ai aucun endroit pour dormir", soupire Fatima Hared, "quand le soleil se couche, nous dormons par terre où nous nous trouvons".
Un camp a été établi à la périphérie de la ville, mais il s'agit juste d'un centre de santé.
Les boutiques de Doolow ont des stocks de nourriture, mais les gens ne peuvent rien acheter, le prix des céréales de base a doublé depuis un an.
L'ONU a annoncé que la sécheresse en Somalie était "la pire crise humanitaire dans le monde et la pire en Somalie depuis la famine de 1991-92".
La plupart des régions du sud de la Somalie, dont celles déclarées en état de famine par l'ONU, sont contrôlées par les rebelles islamistes Shebab, qui continuent à interdire à certaines agences humanitaires d'intervenir.
Doolow est sous le contrôle du gouvernement provisoire somalien soutenu par les occidentaux, dans des conditions encore bien fragiles.
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