La jeune Rukiyah Abdukadir ramassait du bois quand elle a été violée près d'un camp de réfugiés dans le sud de l'Ethiopie, un crime qui pourrait devenir plus fréquent avec l'entassement de réfugiés somaliens dans des conditions précaires.
L'adolescente de 16 ans a eu le malheur de rencontrer sur son chemin un homme qui lui a d'abord réclamé sa hache, avant de l'agresser."Je suis tombée, il m'a saisie au cou et il s'est servi de mon corps", raconte-t-elle.
Rukiyah Abdukadir fait partie des 78.000 Somaliens arrivés au cours de cette seule année au camp éthiopien de Dolo Ado, dont les infrastructures sont aujourd'hui totalement débordées par une population de 118.400 personnes.
Assise devant sa hutte de bambou à Kobe, un des quatre camps de Dolo Ado, la jeune fille estime "qu'il n'y a pas assez de sécurité dans le camp", tout en soulignant que les conditions de vie demeurent meilleures qu'en Somalie, où une sécheresse sans précédent depuis des décennies frappe 3,7 millions de personnes, soit la moitié de la population.
A Dolo Ado, le nombre d'agressions sexuelles demeure relativement bas, mais certains membres du personnel humanitaire craignent que la situation se détériore rapidement.
"Je pense qu'il y aura plus de violence dans les camps à mesure que le temps passera", prévient Jo Hegenauer, coordinateur pour le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) à Dolo Ado.
87 actes de violences sexuelles ont à ce jour été recensés par les Nations Unies à Dolo Ado, mais Susanne Butscher, responsable des statistiques, reconnaît que ce chiffre demeure approximatif, toutes les femmes victimes de violences n'en faisant pas état.
"Il s'agit évidemment de comportements très dérangeants", relève Laura Padoan, porte-parole du Haut commissaire pour les réfugiés Antonio Guterres, qui toutefois "ne pense pas qu'il existe un risque endémique", notamment en raison de la très faible proportion d'hommes dans les camps, moins de 10%, contre 87% d'enfants.
Il reste que les conditions de vie dans un camp, de surcroît surpeuplé, génèrent beaucoup de risques de dérapage."La vie dans un camp n'est pas la vraie vie", souligne M. Hegenauer."Il s'agit d'une expérience extrêmement frustrante, qui peut générer toutes sortes de violences".
Les réfugiés vivent dans une promiscuité provoquée par la surpopulation (un des camps de transit d'une capacité de 1.500 places accueille aujourd'hui 8.000 personnes), dans des conditions sanitaires précaires, aggravés par l'apparition récente de cas de rougeole.
La situation est identique au Kenya, dans le camp de Dadaab, à proximité de la frontière avec la Somalie, qui doit accueillir environ 400.000 réfugiés.
"Les espoirs (pour les réfugiés) de trouver un endroit sûr sont souvent assombris par de nouveaux dangers et de nouvelles épreuves, y compris le risque de viol", souligne Margot Wallstrom, représentante spéciale des Nations Unies chargée des violences sexuelles, qui souligne la nécessité d'un soutien spécifique aux femmes.
A Kobe, ce sont désormais les garçons qui se chargent du ramassage du bois, les femmes ayant trop peur de le faire.Malgré le viol qu'elle a subi, et toutes les difficultés de sa vie de réfugiée, Rukiyah Abdukadir n'envisage cependant pas une seconde de retourner en Somalie, et dit même vouloir "rester toute la vie" dans le camp s'il le faut.
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