Cloués devant le petit écran à chaque audience du procès de leur ancien président, les Egyptiens, avides de suivre une procédure qui promet pourtant d'être longue et fastidieuse, sont divisés sur la décision du juge d'interdire les caméras dans la salle d'audience.
Voir Hosni Moubarak devant un tribunal et suivre en direct plaidoiries et témoignages étaient l'une des principales revendications des militants qui ont fait chuter le 11 février l'ancien chef d'Etat, accusé aujourd'hui de corruption et du meurtre de manifestants.
Mais face à l'agitation provoquée par la centaine d'avocats des familles des victimes, qui se sont bruyamment bousculés dans la salle pour capter l'attention des caméras, le juge a décidé que le procès ne serait plus diffusé en direct "afin de préserver l'intérêt général".
"La présence des caméras dans la salle d'audience peut avoir un impact sur l'ambiance ou les procédures du procès", a expliqué l'adjoint du ministre de la Justice, Mohammed Manie, à la télévision publique, tout en soulignant que la décision revenait au juge seul.
Il était aussi essentiel de protéger les personnes venant témoigner à la barre, a-t-il ajouté.
"C'est une bonne décision" que le juge a prise "pour assurer le calme" dans la salle, estime l'avocat Gamal Eid, qui défend 16 familles de victimes, même s'il aurait préféré que seules les dépositions soient interdites de diffusion pour ne pas influencer les témoins, et que le reste du procès soit retransmis.
Mais beaucoup ne sont pas de cet avis.
"Nous refusons catégoriquement cette décision parce que le fait que le procès soit public était l'une de nos principales revendications.La diffusion a été arrêtée au moment où on entrait dans le vif du sujet", déclare Tarek el-Kholi, le porte-parole des "Jeunes du 6 avril", l'un des mouvements ayant lancé la contestation contre le régime Moubarak.
"Nous demandons au juge de revenir sur sa décision", a-t-il ajouté.
L'ancien magistrat Mahmoud al-Khodeiri acquiesce: "Il s'agit d'un procès exceptionnel, la transparence est essentielle.Sans elle, on ouvre la porte aux rumeurs et à la méfiance.La couverture médiatique ne suffit pas".
Outre l'arrêt de la retransmission du procès, c'est aussi la rapidité avec laquelle il a commencé et sa complexité qui inquiètent certains observateurs.
Des juristes estiment qu'une enquête approfondie sur les crimes supposés de M. Moubarak aurait dû prendre plusieurs mois, mais que les autorités judiciaires ont accéléré la procédure pour calmer les manifestants.
"Le Parquet n'a pas eu l'occasion" de préparer son dossier à fond, d'abord "parce que la police n'a pas collaboré avec lui, ce procès étant après tout contre elle", ensuite parce qu'il "a été contraint sous la pression populaire de se débarrasser de ce fardeau", estime M. al-Khodeiri.
"Le procès va être très difficile, et il va prendre du temps", ajoute-t-il.
Pour M. Eid, le procès "se déroule de manière juste", mais "l'enquête n'a pas été assez précise".Surtout, "il faut séparer les deux procès, celui pour corruption et enrichissement illégal d'un côté, celui pour meurtre de l'autre".
"Le dossier est énorme, 13.000 documents pour Moubarak et el-Adli", son ancien ministre de l'Intérieur, affirme-t-il.
Tous disent toutefois leur confiance dans le président du tribunal pénal du Caire, Ahmed Refaat, le magistrat réputé intègre qui a la lourde tâche de juger M. Moubarak, ses fils Alaa et Gamal, ainsi que M. el-Adli et six de ses anciens collaborateurs.
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