La Somalie, avec sa guerre civile et la multiplication des centres de pouvoir, est le pays le plus difficile au monde pour les humanitaires, contraints de travailler à l'aveuglette face aux conséquences d'une sécheresse historique, estime le président international de Médecins sans frontières, Unni Karunakara.
MSF est une des rares organisations à ne pas avoir quitté la Somalie depuis le début de la guerre civile en 1991, et à travailler aujourd'hui dans certaines régions du sud et du centre contrôlées par les islamistes shebab.
"Mais même avec les réseaux dont nous disposons, nous avons de graves difficultés pour accéder aux régions à problème, et pour mener les estimations indépendantes absolument essentielles pour distribuer de l'aide", souligne le Dr Karunakara."Aujourd'hui, nous travaillons à la marge" du problème, estime-t-il.
La Somalie "est pour moi le pays le plus difficile" où opérer."Nous travaillons en Afghanistan, en Irak, mais nous n'avons pas besoin de gardes armés dans ces pays", relève le président international de MSF, de retour d'une visite en Somalie, à Mogadiscio et à Galkayo.
"En Côte d'Ivoire, où il y avait une guerre, il nous a fallu 36 heures pour mener notre première opération.Ici (en Somalie), même obtenir une voiture fait l'objet de négociations".
La sécheresse en Somalie, consécutive à plusieurs saisons sèches, touche 3,7 millions de personnes soit la moitié de la population selon les Nations Unies.
La famine qui en découle sévit essentiellement dans des régions contrôlées par les shebab, où MSF maintient plusieurs programmes d'aide médicale, notamment à Dinsor et à Mareere."Mais même là, notre accès est très limité", reconnaît le Dr Karunakara.
Les régions officiellement contrôlées par le gouvernement sont, souvent, également difficilement accessibles, ajoute-t-il.
"On parle beaucoup de lever de l'argent et d'amener de l'aide à Mogadiscio.Mais le vrai défi est de savoir comment amener la nourriture du port vers les gens qui en ont besoin", estime le Dr Karunakara.
Du centre et du sud du pays, la crise humanitaire s'est transportée à Mogadiscio, avec l'arrivée de 100.000 personnes fuyant la sécheresse.
"risque d'épidémie élevé"
"Le risque d'épidémie est élevé en raison du surpeuplement et de l'accès très réduit" à des sanitaires et à des points d'eau.MSF a entamé dans la capitale somalienne une campagne de vaccination contre la rougeole, avec 3.000 enfants vaccinés à ce jour, et doit ouvrir la semaine prochaine un centre de prévention du choléra.
"Nous voyons déjà beaucoup de cas d'infections de la peau, des yeux, des poumons, des diarrhées aiguës.Tout ceci est le signe d'une très mauvaise situation hygiénique", s'inquiète le médecin.
Le retrait des shebab de Mogadiscio le 6 août n'a pas radicalement amélioré la situation."Il y a un vide du pouvoir" dans les quartiers qu'ils ont abandonnés, obligeant les organisations humanitaires à négocier avec quiconque y dispose d'un réel pouvoir, dit le patron de MSF.
"En ce moment nous interviewons 200 personnes pour des postes d'infirmières.Mais chaque embauche doit être discutée avec les chefs de clans, qui vont dire ensuite qui peut être embauché ou pas", relève le Dr Karunakara.
Le patron de MSF rêverait de davantage de visibilité quant à l'ampleur de la crise.Les contrôles effectués par ses équipes suggèrent un taux de malnutrition sévère de près de 30% chez les enfants de moins de cinq ans, mais il souligne qu'"il ne s'agit pas de données scientifiques".
"Nous évitons de donner des chiffres globaux, car de tels chiffres ne signifient rien", estime-t-il, appelant de ses voeux "un accès beaucoup plus ouvert aux régions touchées par la sécheresse, afin que nous puissions y mener de vraies estimations".
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