Ouganda: après le torrent de boue, des rescapés face à leur village rasé

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MABONO (Ouganda) (AFP) - (AFP)

"Nous avons entendu la boue" s'abattre sur nos maisons, raconte un rescapé des glissements de terrain qui ont fait au moins 30 morts lundi dans les montagnes de l'est de l'Ouganda et qui a rayé de la carte son village et six autres alentour.

Au lendemain de cette nouvelle tragédie dans le massif du Mont Elgon, la coulée de boue recouvre plusieurs centaines de mètres, laissant apparaître ici ou là les débris d'une habitation.

C'est après deux jours de pluies torrentielles que la terre s'est abattue tôt lundi matin sur le petit village de Mabono, accroché au flanc du massif montagneux qui s'étend de part et d'autres de la frontière entre l'Ouganda et le Kenya.

"Un garçon a crié pour donner l'alarme, certains ont réussi à s'enfuir, mais seize personnes sont mortes", raconte à l'AFP le chef du village, Nathan Gimei.

A peu près au même moment, le torrent de boue a emporté six autres villages à proximité, tuant au total 30 personnes selon le dernier bilan du gouvernement.

Quand les secours de la Croix-Rouge et les soldats sont arrivés, les habitants avaient déjà exhumé la plupart des victimes, avec des petites pelles ou à mains nues.Mardi, des jeunes déterraient les derniers témoignages de la vie quotidienne, une chaussure, un lit, un vieux manuel de mathématiques.

"Il y a avait quinze maisons ici, deux magasins, des bananiers et des caféiers; maintenant, tout cela est parti", constate, encore incrédule, M. Gimei.

Dans l'église catholique voisine de Bugwa, le corps de Louis Masiga, 70 ans, repose aux côtés de membres de trois générations de sa famille.Les proches s'agenouillent en sanglotant devant les corps des neuf victimes, dont un bébé de deux mois en pull-over jaune.

"C'est la pire des tragédies.Voici mon père, mon jeune frère, sa femme et leurs enfants", témoigne Frederick Gimei."Ma soeur a pu en réchapper, et ma mère n'était pas là, mais tous les autres sont morts", ajoute-t-il.

De tels glissements de terrain ne sont pas rares.Début août, au moins sept personnes avaient été tuées dans la même région, et 350 avaient péri dans des circonstances similaires en 2010.

La déforestation aggrave les risques."Cette région est très peuplée, il y a peu de terres, alors les gens coupent des arbres pour dégager du terrain", constate Agnes Mukoya, responsable locale de la Croix-Rouge."Il y a beaucoup d'endroits qui ont des failles et qui représentent un risque élevé".

Malgré ces périls, "nous n'avions jamais pensé à déménager", témoigne M. Gimei."Nous trouvions l'endroit où nous vivions si confortable".

"C'est une torture psychologique pour les gens qui ne savent pas quand cela peut se reproduire et ce qu'ils doivent faire.Personne ne s'attendait à cela", rapporte le prêtre de la paroisse, Raphael Owor.

Le gouvernement a déjà fait évacuer plusieurs villages plus bas sur le flanc de la montagne, et il envisage de le faire pour Mabono et ses environs.

"Nous voulons partir, car on entend vraiment beaucoup de craquements dans la montagne, nous avons peur après avoir perdu tant des nôtres", explique un habitant, Sam Nabugomu."C'est un grand changement, mais nous devons partir, maintenant et pour toujours".

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