Nigéria : vers une guerre de religion ?

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Au moins trois morts, peut-être plus : c'est le bilan des derniers heurts qui ont opposé chrétiens et musulmans lundi 29 août dans la ville de Jos, au Nigéria. Comme souvent, le calendrier religieux est probablement à l'origine de cette nouvelle flambée de violence. Cette fois, c'est à l'occasion de l'Aïd el Fitr, fête qui marque la fin du mois sacré du ramadan, que les affrontements ont éclaté. D'après un témoin, des bandes de jeunes chrétiens auraient attaqué des musulmans qui se rassemblaient. Des motos, des voitures ainsi que plusieurs commerces auraient également été brûlés. Les chrétiens auraient agi en représailles aux explosions de bombes qui ont secoué Jos le 24 décembre, veille de la fête chrétienne de Noël ; ils auraient voulu, à leur tour, empêcher les musulmans de pratiquer leur rite. Car le Nigéria est coutumier de ces affrontements violents à répétition qui, à chaque fois qu'ils se produisent, font des dizaines, voire des centaines de victimes. La ville de Jos est particulièrement concernée. Pourquoi ? Elle est située au centre du pays, à la rencontre entre le nord majoritairement musulman et le sud essentiellement chrétien. Et l'application de la charia, dont le domaine pénal a été étendu à partir de l'an 2000 dans douze Etats du nord, a exacerbé les tensions, les chrétiens redoutant des tentatives d'islamisation du sud du pays. La moindre étincelle suffit désormais à tout embraser�?� Mais pour certains observateurs, ces violences ont en réalité des ressorts économiques. « Dans ces affrontements communautaires, la religion n'est qu'un prétexte », affirme Marc-Antoine Pérouse de Montclos, chercheur à l'Institut de recherche pour le développement (IRD) et spécialiste des conflits sur le continent africain. « Dans le cas de Jos, il s'agit plutôt de disputes pour l'accès à la terre et aux postes de l'administration publique, entre les immigrés musulmans et les natifs chrétiens.» Une chose est sûre : les extrémistes religieux profitent de la fragilité de l'Etat fédéral. Le récent attentat perpétré en plein centre d'Abuja, la capitale, contre la représentation des Nations-Unies, par la secte islamiste Boko Haram (21 morts), l'a encore démontré : le gouvernement ne parvient pas à venir à bout de ces radicaux, qu'il combat pourtant depuis plusieurs années. Dans le cas des affrontements à Jos, les autorités ne sont guère plus efficaces : « Elles se contentent d'instaurer un couvre-feu et de tirer dans le tas pour disperser les protagonistes », raconte Marc-Antoine Pérouse de Montclos. « Rien n'est fait pour résoudre le problème de fond. » Alors, existe-t-il un risque de voir le Nigéria sombrer dans une guerre de religion ? « Non, cette perspective relève du fantasme », répond Marc-Antoine Pérouse de Montclos. « Sporadiques, les violences religieuses restent marginales à l'échelle du Nigéria. » Quant à l'islamisme radical de la secte Boko Haram, « il ne représente absolument pas l'islam pratiqué par l'immense majorité des musulmans nigérians.» Clémence Mortier

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