Les pays en pointe aux côtés des anti-Kadhafi en Libye voient miroiter de juteux contrats, mais leurs espoirs risquent d'être déçus car les prétendants sont nombreux et le nouveau pouvoir n'a pas intérêt à tout chambouler, notamment en matière pétrolière.
Un porte-parole du Conseil National de Transition (CNT) libyen, basé à Londres, a assuré jeudi qu'il n'y aurait "pas de favoritisme politique" et que le nouveau régime procéderait de façon "transparente", quelques heures avant le début à Paris d'un sommet consacré à la reconstruction du pays.
"Les contrats seront accordés sur la base du mérite", a affirmé Guma al-Gamaty, contredisant une déclaration du chef du CNT, l'organe politique de la rébellion, Moustapha Abdeljalil, qui disait la semaine dernière que les pays alliés seraient favorisés.
Pour Francis Perrin, expert de la Libye au Centre Arabe d'Etudes pétrolières, "le nouveau pouvoir libyen n'a aucune raison de brader son pétrole à ses amis entre guillemets, sachant que demain ils auront plein d'amis à travers le monde".
"La prime politique sera réduite, parce que le potentiel pétrolier et gazier en Libye est tellement important qu'ils n'ont pas besoin de faire de cadeaux pour voir accourir le ghota pétrolier mondial", dit-il à l'AFP.
Le pays ne produit presque plus de pétrole à l'heure actuelle et doit vite relancer la machine.Pour cela, les compagnies déjà présentes sont en pole position: le français Total, l'espagnol Repsol et surtout l'incontournable italien Eni, selon plusieurs experts.
En effet, les rebelles se sont finalement engagés à honorer les contrats conclus sous l'ère Kadhafi.
Eni, qui se taillait la part du lion et qui contrôle le seul gazoduc d'exportation, a signé dès lundi un accord avec le CNT pour reprendre ses activités dans le pays.
Une éventuelle prime aux pays engagés ne pourra se faire que sur les nouveaux contrats, d'ici plusieurs années.
S'il ne voit pas de chambardement à court et moyen terme, "à plus long terme, quand il s'agira d'obtenir de nouveaux contrats, je pense que la France pourra être avantagée car Sarkozy s'est beaucoup engagé", pronostique Nicolò Sartori, chercheur spécialisé en énergie à l'Institut des Affaires Internationales (IAI) de Rome.
Le CNT a démenti jeudi être l'auteur d'une lettre datée du 3 avril, publiée par le journal français Libération, qui promettait à la France 35% du pétrole libyen en récompense du soutien dans la guerre.
Affirmant ne pas être au courant de cette lettre, tout comme le patron de Total Christophe de Margerie, le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé a néanmoins jugé "logique" jeudi que les pays ayant soutenu les rebelles soient privilégiés.
"Beaucoup de gens sur le marché pensent que le nouveau régime, sous influence de l'Occident, va offrir des contrats très favorables à des entreprises de pays qui ont fortement soutenu l'action de l'Otan", constate Helima Croft, spécialiste du pétrole à Barclays Capital."C'est très peu probable".
"Les rebelles seront en besoin criant d'argent" et les compagnies vont se faire une concurrence féroce entre elles, avance l'analyste.
Les pays les plus frileux à l'égard des rebelles ont déjà retourné leur veste: la Russie, présente en Libye via son géant Gazprom, a reconnu le CNT jeudi, tandis que l'Algérie (présente avec la Sonatrach) est prête à le faire.
Toute cela "ne signifie pas qu'il n'y a pas de place à prendre, mais beaucoup de places sont déjà prises", dit M. Perrin, notamment par des entreprises d'Italie, de France et d'Espagne.
La reconstruction suscite également l'intérêt de plusieurs grands groupes internationaux de BTP, avec là encore, les même drapeaux.L'italien Impregilo, l'espagnol Sacyr et le français Vinci espèrent reprendre des chantiers en cours.
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