Les nouvelles autorités en Libye, fortes d'un soutien financier et politique international, ont annoncé vendredi des élections générales d'ici à 20 mois, ignorant les menaces du dirigeant en fuite Mouammar Kadhafi qui veut toujours se battre.
Afin de réorganiser le déploiement de ses forces, le Conseil national de transition (CNT), issu de la rébellion, a demandé aux combattants venus de province et encore présents dans Tripoli de rentrer chez eux maintenant que les nouvelles autorités contrôlent la capitale et la majeure partie du pays.
L'ancien régime a cependant encore des troupes dans quelques régions du pays, en particulier à Syrte, l'un de ses derniers grands bastions.Pour l'état-major du CNT, cette région d'origine de Mouammar Kadhafi à 360 km à l'est de Tripoli est un objectif majeur.
Néanmoins, pour donner une chance aux négociations avec les tribus en vue d'une reddition de la ville, le CNT a annoncé avoir prolongé d'une semaine son ultimatum, laissant jusqu'au 10 septembre aux partisans de Kadhafi pour se rendre.
Sur le front est de Syrte et près de Bani Walid, un bastion pro-Kadhafi au sud-est de la capitale, la situation était calme vendredi et aucun affrontement n'était signalé, selon un journaliste de l'AFP.Les combattants pro-CNT se disaient cependant prêts à une offensive sur Bani Walid, assurant que la prolongation de l'ultimatum ne concernait que Syrte.
Au lendemain de la décision de l'ONU et des grandes puissances de débloquer 15 milliards de dollars pour aider le CNT à reconstruire le pays, ravagé par plus de six mois de conflit, le représentant du CNT au Royaume-Uni, Guma al-Gamaty, a évoqué un calendrier pour la transition.
"Durant huit mois, le CNT dirigera la Libye avant qu'une assemblée élue par le peuple" ne prenne les commandes du pays pour rédiger une Constitution, et "au bout d'un an (...), des élections seront organisées", a-t-il expliqué à la BBC.
Même si des combats se poursuivent sporadiquement avec les pro-Kadhafi, "dans la mesure où Tripoli est stabilisée et sûre -- ce qui est quasiment le cas maintenant -- et que la plupart des autres villes le sont aussi, les Libyens peuvent entamer le processus de transition", a-t-il ajouté.
Mouammar Kadhafi "se cache, il est isolé".C'est "seulement une question de temps avant qu'il ne soit arrêté, à moins qu'il ne soit tué s'il résiste", a affirmé M. Gamaty.
L'ex-homme fort du pays, traqué par les combattants pro-CNT depuis la chute de son quartier général à Tripoli le 23 août, n'a néanmoins pas encore dit son dernier mot: dans deux messages sonores diffusés jeudi par la chaîne Arrai, il a exclu de se rendre et affirmé vouloir lancer "une guérilla".
"Préparez-vous à une guerre de gangs et de guérilla, à la guerre urbaine, et à une résistance populaire dans chaque ville", a déclaré l'ancien "Guide" dans un message diffusé jeudi soir, d'une voix calme et posée qui tranchait par rapport au ton habituellement enflammé de ses discours.
Paris, Londres et l'Otan ont affirmé que les opérations militaires internationales se poursuivraient tant que Mouammar Kadhafi représenterait une menace.Et un responsable du CNT, Abdoul Rasaq Moukhtar, a promis que la lutte se poursuivrait "jusqu'à ce que nous ayons libéré les quatre coins de ce grand et cher pays".
Lors d'une grande conférence internationale jeudi à Paris, l'ONU et les grandes puissances ont débloqué immédiatement pour le CNT 15 milliards de dollars d'avoirs libyens gelés contre la promesse d'une transition démocratique et d'une réconciliation nationale après des mois de conflit.
"Nous nous sommes tous engagés à débloquer l'argent de la Libye d'hier pour financer le développement de la Libye aujourd'hui", a déclaré le président français Nicolas Sarkozy, à propos d'un pactole évalué à plus de 50 milliards de dollars.
Mais en échange de ce soutien, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a demandé aux dirigeants de la "Libye nouvelle" de "combattre l'extrémisme", des doutes étant apparus concernant certains membres du nouveau pouvoir, jugés proches des islamistes ou d'Al-Qaïda.
"Dire qu'il y a des extrémistes armés en Libye, c'est répéter ce que Kadhafi disait", a répliqué le "ministre" de l'Intérieur du CNT, Ahmed Darrat.
A Benghazi, fief de la rébellion pendant tout le conflit, les habitants relayaient presque unanimes le message d'unité et de réconciliation, même si quelques voix discordantes parvenaient à se faire entendre.
"Il y a peut-être 60 ou 70% de la population qui veut la justice et la tenue de procès, mais d'autres réclament vengeance", a ainsi lancé Abdessalam, 53 ans.
Dans le même temps, le pays se préparait à relancer ses infrastructures pétrolières, sur lesquelles repose toute son économie.
"Un retour à la capacité de production de 1,7 million de barils par jour d'avant le conflit demandera du temps, mais la production dans les champs du bassin de Mourzouq (sud) et dans la raffinerie de Zawiyah (120.000 b/j) pourrait commencer dans quelques jours", a annoncé vendredi le Middle East Economic Survey (MEES).
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