Libye: face à la mer, un cimetière de 800 soldats pro-Kadhafi

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MISRATA (Libye) (AFP) - (AFP)

Face à la Méditerranée, quelque 800 tombes de béton balayées par le vent, au milieu de dunes de sable blanc.Ici reposent les soldats de Mouammar Kadhafi tués pendant la bataille de Misrata, troisième ville de Libye ravagée par six mois de combats acharnés.

Le nom officiel est le "cimetière des soldats de Kadhafi" -c'est le seul de ce type à Misrata-, mais les habitants l'appellent aussi ironiquement "l'hôtel Janat", du nom du quartier où il se trouve.

Une équipe de quatre hommes s'occupe des défunts.Lundi, quatre cadavres de combattants pro-Kadhafi sont amenés au cimetière, un grand carré entouré de murs de parpaings gris.

Les morts -tous en vêtements civils- sont déshabillés, posés sur une dalle de béton ensanglantée, lavés et enveloppés dans un linceul blanc.

"Ils viennent d'Al-Hicha", village situé sur le front ouest de Syrte, la ville natale de Mouammar Kadhafi encore tenue par ses forces, explique l'un des fossoyeurs, Ali Al-Derateia.

"Ils ont essayé dimanche d'entrer dans Misrata en venant de Syrte, ils pensaient que la route", tenue par les forces du nouveau régime, "était sûre pour eux", ajoute-t-il.Les imprudents ont péri sous les balles des combattants pro-CNT.

La toilette mortuaire terminée, les fossoyeurs font une brève prière, revêtent une combinaison grise et emportent les corps vers leur dernière demeure, un grossier cercueil de bois qui sera clos par de petites planchettes clouées.

En guise de pierre tombale, un parpaing.En guise d'épitaphe, le nom du mort (lorsqu'il est identifié, ce qui est rare) dessiné du bout du doigt dans le béton qui sera versé sur le cercueil.

"Il est très rare que des familles des morts viennent les voir.On les envoie alors dans un bureau où on garde des photos, pour identification", indique Mohammed Al-Jetlawi, un autre fossoyeur.

Lui n'a pas d'état d'âme sur son travail."C'est vrai, ils sont venus nous tuer, mais c'est notre devoir de les laver et les enterrer selon la tradition", dit-il.

Misrata s'était soulevée le 19 février, lorsque les soldats pro-Kadhafi avaient réprimé une manifestation en tirant au canon antiaérien dans la foule.De violents combats avaient suivi, et l'armée avait bombardé la ville à l'arme lourde pendant des mois, au point que trouver une maison sans impact de balle ou de shrapnel relève de l'exploit.

Selon les sources, entre 1.500 et 3.000 civils ont péri durant ces affrontements.

La ville n'est plus bombardée depuis le 10 août, mais plusieurs missiles balistiques Scud l'ont visée ces dernières semaines sans l'atteindre, détruits en vol par l'Otan ou tombés dans la mer loin de leur cible.

De haine, même de ressentiment, on ne trouve pourtant pas trace dans les déclarations de ces hommes chargés d'enterrer leurs ennemis."C'est une tragédie.Ils sont tous nos frères.On ne voulait pas que tout ça arrive.Je suis désolé par tout ça", murmure Mohammed Al-Jetlawi.

"J'aurais voulu que Dieu sauve les vies de tout le monde.Nous sommes habitués à cette situation, à voir des morts, mais en fait nous sommes atterrés de voir des musulmans s'entretuer.C'est pathétique", renchérit Ali Al-Derateia.

A côté du cimetière militaire musulman, un tout petit carré accueille cinq tombes -une famille de réfugiés africains chrétiens qui cherchaient à fuir Misrata pendant les combats, tués fin avril lors d'un bombardement du port où ils attendaient désespérément un bateau."Le père, la mère et trois enfants", précise Ali Al-Derateia.

Leur travail terminé, les quatre fossoyeurs remontent dans leur camionnette déglinguée et s'éloignent, laissant seuls face à la mer les soldats morts que presque personne ne vient visiter.

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