Soudan: la capitale du Nil Bleu vidée de ses habitants

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DAMAZIN (Soudan) (AFP) - (AFP)

Dans les rues désertes de Damazin, seuls circulent des véhicules chargés de soldats lourdement armés: les combats entre l'armée soudanaise et des proches des ex-rebelles sudistes ont pratiquement vidé la capitale du Nil Bleu (sud-est) de tous ses habitants.

Au marché central de Damazin, les clients semblent s'êtres volatilisés et la plupart des échoppes sont fermées.

"Le Nil Bleu n'a jamais connu une situation aussi désastreuse, même durant la guerre civile", déplore Babikir Mohammed Osman, commissaire de la localité voisine de Bau."Durant la guerre civile, il n'y a jamais eu de déplacements à Damazin.Maintenant, tous ses habitants sont partis", ajoute-t-il.

Vendredi à minuit, des combats meurtriers ont éclaté entre l'armée et des forces loyales au gouverneur de Damazin, un proche des ex-rebelles sudistes.Ils se sont rapidement étendus à d'autres villes.

Avec Abyei et le Kordofan-Sud, le Nil bleu devient le troisième foyer de violences depuis mai parmi les Etats frontaliers du Soudan du Sud, indépendant depuis le 9 juillet.

Comme il y a plus de trois mois à Abyei, région contestée à la frontière entre le Soudan et le Soudan du Sud, l'armée a expulsé les forces des ex-rebelles sudistes (Mouvement populaire de libération du Soudan - SPLM), parti au pouvoir dans le Sud.

Les autorités ont déclaré l'état d'urgence et nommé un gouverneur militaire par intérim, le général Yahia Mohammed Kheir, à la place du gouverneur élu Malik Agar, chef de la branche nord du SPLM.

Selon le général Kheir, c'est le SPLM qui a incité au conflit et si Damazin a été désertée, c'est parce que les combats ont coïncidé avec la fête musulmane du Fitr, à la fin du ramadan.Et la situation est "très calme" dans les autres parties de l'Etat du Nil Bleu, a-t-il assuré.

Hovig, un mécanicien de 24 ans d'origine arménienne, est l'un des rares à avoir choisi de rester.Il assure que l'armée a rapidement restauré l'ordre et que les habitants sont en train de revenir.

"Les gens sont partis parce qu'il y avait la guerre.Maintenant ils reviennent.La vie reprend ses droits, il n'y a pas de problème", explique-t-il à l'AFP, entouré de soldats et d'un représentant du gouvernement.

Mais mardi soir, un journaliste a entendu des échanges de tirs nourris et de bombardements d'artillerie pendant un bon quart d'heure dans plusieurs quartiers de la ville, où l'électricité a été coupée.Les autorités de Khartoum ont expliqué qu'un soldat avait tiré par erreur, poussant l'armée et la police à répliquer avant que tout se calme.

Et les tensions sont encore palpables.Comme au Kordofan-Sud, autre Etat où le conflit destructeur entre le Nord et le Sud (1983-2005) a parfois débordé, la population du Nil Bleu est profondément divisée.

A une conférence de presse au siège des forces de sécurité à Damazin, un dignitaire tribal a défendu l'idée d'accorder d'un cessez-le-feu pour permettre le dialogue avec le gouverneur Agar.Mais sa voix a été noyée par des dizaines d'autres notables: "Agar est un traître!Pas de négociations!"

Babikir Mohammed Osman, le commissaire de la localité de Bau, affirme que plus de 80.000 personnes dans sa région sont des partisans du SPLM qui craignent des actes de vengeance.De nombreux habitants du Nil bleu ont en effet soutenu les ex-rebelles sudistes pendant la guerre.

"Nous tentons de dire à tous ceux-là que personne n'aura des comptes à rendre pour leurs anciennes positions", dit-il.Un message qui ne passera pas facilement, malgré les promesses d'une amnistie pour tous ceux qui refusent de se joindre aux forces anti-gouvernementales.

Dans un centre militaire, un correspondant de l'AFP a pu voir une centaine de combattants du SPLM faits prisonniers durant les récents combats -- des "Sudistes" selon un responsable -- assis par terre en silence, attendant sombrement leur sort.

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