Le poisson frais commence à refaire surface sur les marchés de Tripoli mais le départ des centaines d'Egyptiens qui dominaient le secteur complique le retour à une activité normale pour les bateaux de pêche bloqués des mois au port par l'Otan.
"C'est la première semaine où nous vendons du poisson frais depuis la guerre", déclare Hamada Mohammed, 34 ans, en présentant ses sérioles, liches et bonites aux yeux brillants, même si les poissons congelés restent les plus nombreux sur les étals.
Quand les pêcheurs égyptiens ont fui le pays au début de la révolte en février, les négociants en poisson sont allés s'approvisionner en Tunisie, mais quand la route a été coupée en mars, "nous avons commencé à vendre tout ce que nous avions de congelé en stock", raconte-t-il.
Pour les pêcheurs de Tripoli, l'intervention militaire de la coalition internationale a été une catastrophe.Le blocus maritime imposé par l'Otan ne laissait que les canots de moins de 5 mètres sortir en mer, et seuls les plus expérimentés osaient s'aventurer hors du port.
"Nous ne sommes pas contents du tout de l'Otan", résume Walid Ali, un pêcheur de 31 ans."Elle a endommagé nos affaires et notre pays, et des gens ont été tués.Bien sûr qu'il fallait régler les problèmes de notre pays, mais nous ne voulions pas d'une guerre ou de bombes pour le faire".
Hamada Mohamed et Walid Ali affirment qu'ils gagnaient 90 dinars libyens par jour avant le conflit, et seulement la moitié maintenant, à cause de la hausse des prix et de la baisse de la demande.Selon eux, il faudra encore trois mois avant que le secteur ne se relève complètement.
Sur le marché, un vieil homme aux mains calleuses et au visage buriné détache des rougets congelés, les plonge dans une bassine d'eau puis les lance nonchalamment dans une vieille caisse verte.Le geste n'est pas précis, plusieurs atterrissent dans la rue.
"Le poisson est devenu vraiment très cher parce que nous ne pouvions pas prendre la mer", explique Haj Nouri, 70 ans.
Et les canots suffisamment petits pour sortir ne trouvaient plus de main d'oeuvre depuis le départ de milliers de travailleurs étrangers, en particulier les quelque 700 Egyptiens qui dominaient le secteur.
Et leur retour se fait attendre.Les bateaux de pêche en haute mer, susceptibles de rapporter chacun plus de trois tonnes de poissons, sont ancrés au port depuis des mois, et seuls quelques canots tanguent à l'horizon.
Sur le port, le marché a fermé après le début de la révolte mi-février, avant de rouvrir par intermittences puis de fermer complètement en juin.
"Il y avait des tirs.On pouvait sortir mais on n'était pas sûr de revenir", explique Rabiya, 31 ans, en montrant un mur touché par une roquette sur le quai.Un vieux bus aux vitres brisées témoigne aussi que la bataille pour Tripoli fin août s'est aussi déroulée sur le port.
Le marché aux poissons, un complexe blanc simple mais sophistiqué, n'a pratiquement pas souffert, à l'exception d'une fenêtre cassée.Son carrelage blanc scintille, ses comptoirs sont prêts et les écrans plats qui indiquaient le prix des marchandises sont intacts.
Mais il restera vide jusqu'à ce qu'un nettoyage de fond aura permis d'éliminer la puanteur qui s'en dégage à cause de quelques cageots de poissons abandonnés depuis des mois.En attendant les pêcheurs vendent leurs poissons sur des stands improvisés sur le quai.
"Ce marché aux poissons nourrissait presque 600 familles, alors c'est important pour nous qu'il rouvre", insiste Rabiya.
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