L'Afrique du Sud va rouvrir l'enquête pour corruption sur le plus gros contrat d'armement conclu depuis la fin de l'apartheid, qui a déjà conduit en prison un ex-conseiller du président Jacob Zuma et impliqué une filiale d'un groupe industriel français, a indiqué jeudi la présidence.
Le président Zuma a décidé "de nommer une commission d'enquête pour vérifier les allégations d'actes frauduleux lors des programmes d'achat de défense stratégique, généralement connu sous le nom du +contrat d'armement+", selon un communiqué.
Zuma devance ainsi la Cour constitutionnelle qui aurait pu le forcer à réouvrir le dossier en novembre.
De nouvelles informations sortent également en Suède et en Allemagne, a ironisé Alliance Démocratique (DA), le principal parti d'opposition qui réclame depuis dix ans la création de cette commission.
"Le cancer de la corruption est en train de détruire la classe polique en Afrique du Sud (...) et il est temps de l'extirper", a ajouté DA.
Selon le communiqué de la présidence, M. Zuma a "tenu compte des différents développements (...) et du fait qu'il serait d'intérêt public d'y mettre un point final".
La mission exacte de la commission, sa composition et son calendrier seront annoncés "bientôt", selon la même source.
Plusieurs hommes d'affaires et politiques haut placés sont soupçonnés d'avoir touché des pots-de-vin.
Au pouvoir depuis 1994, Le gouvernement de l'ANC a privilégié au départ les politiques sociales et taillé dans les budgets de la défense mais avait néanmoins débloqué environ 5 milliards de dollars en 1999 pour du matériel.
L'enveloppe incluait l'achat de plusieurs avions et des patrouilleurs navals auprès de cinq groupes européens, dont le britannique BAE Systems et le français Thomson-CSF (devenu Thales).
Avant son élection en 2009, Jacob Zuma avait lui-même été poursuivi pour fraude, blanchiment et racket en lien avec cet énorme contrat.
Il s'est débattu pendant huit ans de procédure contre des accusations, finalement levées in extremis juste avant son élection.
Il avait été évincé de son poste de vice-président en 2005 par son prédécesseur le président Thabo Mbeki, personnellement intervenu auprès du parquet pour le charger comme cela s'est avéré ensuite dans les documents de la justice.
Son ex-conseiller financier, Schabir Shaik, a pour sa part été condamné en 2005 à 15 ans de prison pour trafic d'influence et avoir négocié un pot-de-vin entre Zuma et le fabricant d'armes Thint, filiale sud-africaine de Thomson CSF.
Shaik a finalement été libéré début 2009 sous contrôle judiciaire pour raisons de santé.
Dans cette même affaire, le groupe suédois Saab a reconnu en juin que des pots-de-vin d'environ 2,5 millions d'euros avaient été versés pour favoriser la vente d'avions de chasse, tout en rejetant la faute sur son partenaire de l'époque, le groupe britannique BAE Systems.
La presse sud-africaine évoquait en juillet la possibilité que des unités d'élite de la police se rendent en Europe pour vérifier ces révélations.
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