Zimbabwe: le sort des entreprises étrangères en jeu

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HARARE (AFP) - (AFP)

Le Zimbabwe décidera lundi du sort des entreprises étrangères selon qu'elles sont "de bonne volonté ou arrogantes", a indiqué un ministre dimanche, date butoir pour présenter leur plan de transfert à des intérêts locaux noirs.

La législation, présentée comme un acte de décolonisation économique par le camp du président Robert Mugabe, impose à ces sociétés ou leurs filiales de soumettre d'ici au 25 septembre un plan organisant la cession de 51% de leur capital à des Zimbabwéens noirs.

"Nous prendrons une décision demain lundi pour les entreprises qui n'ont pas rempli leurs obligations", a déclaré à l'AFP le ministre de l'Indigénisation Savious Kasukuwere, qui refuse toujours de dire combien sont concernées.

"Nous invoquerons les termes de la loi et déterminerons ce que nous devons faire avec les entreprises qui ont rempli leurs obligations, celles qui ont fait preuve de bonne volonté et celles qui sont clairement arrogantes et ont refusé", a-t-il ajouté.

Onze ans après l'expropriation des Blancs de la plupart des grandes fermes, des banques, des compagnies minières mais aussi Nestlé ou American Tobacco sont concernées.

Contrairement à la réforme agraire menée avec violence et précipitation, le pouvoir envoie cette fois des signaux contradictoires.

Quand le président Mugabe, 87 ans, assure que "leurs investissements dans le pays sont en sécurité", M. Kasukuwere agite le bâton.

"D'ici la fin septembre, toutes les compagnies minières qui ne seront pas en règle, nous les mettrons dehors!", avait-il lancé en juillet.

Mais un sursis a déjà été accordé au géant minier Zimplats, premier investisseur étranger au Zimbabwe.

Cette société est basée à Harare, à Guernesey et à Sydney où elle est cotée.Filiale du groupe minier sud-africain Impala Platinum Holdings, elle a obtenu un nouveau délai de deux mois pour présenter son plan.

L'assureur britannique Old Mutual a aussi trouvé un accord pour mener "une première phase" qui prévoit que 25% de sa filiale locale passera aux mains de Zimbabwéens noirs.

Analystes, responsables miniers, le gouverneur de la banque centrale tout comme l'opposition, associée au fragile gouvernement d'union nationale: de nombreuses voix se sont élevées contre cette mesure craignant une fuite des investisseurs, au moment où le pays s'efforce de reconstruire son économie, ruinée par près de dix ans de crise économique, doublée d'une grave crise politique.

Les besoins pour la remise à niveau du secteur énergétique, du réseau routier et le rééquipement de l'industrie moribonde se chiffrent en milliards de dollars US.

"Je ne vois pas où les locaux et le gouvernement vont trouver l'argent pour racheter les parts de ces entreprises, tout le monde sait ça", estime Anthony Hawkins, professeur d'économie à l'université du Zimbabwe.

Ce nouveau coup de barre, contesté par le camp du Premier ministre Morgan Tsvangirai, pourrait faire selon lui "autant" de dégâts économiques que la réforme agraire de l'an 2000, qui a permis à des partisans de Mugabe de saisir de plus de 3.000 fermes sur 4.500.

La production agricole a plongé et le pays, ancien grenier à céréales de l'Afrique australe, dépend aujourd'hui de l'aide alimentaire internationale.

"Ma crainte est qu'il s'agisse surtout d'une politique politicienne (...) Et cela va réduire les investissements dans le pays vu que les nouveaux propriétaires n'ont pas les moyens, par exemple, pour développer des projets", ajoute M. Hawkins.

William Black de la banque d'investissement privée sud-africaine Investec estime que le seuil de 51% est tout simplement trop élevé.

Mais le mode de calcul reste incertain.La Chambre des mines avait ainsi proposé par exemple que les investissements dans des projets sociaux, routes, écoles, cliniques, formation de travailleurs, soient pris en compte.Tout comme le soutien aux petits mineurs, l'achat de fourniture sur place, ou le lancement de nouvelles entreprises.

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