Icham a un an et pleure sans arrêt tandis que son père attend dans la cour d'une petite clinique à Harawa, ville fantôme à quelques dizaines de kilomètres du front de Syrte, où les forces du nouveau régime tentent de déloger les derniers partisans de Mouammar Kadhafi.
Cela fait deux jours qu'Icham vomit et souffre d'une forte fièvre, explique son père Mohammed, un ouvrier qui a abandonné sa maison dans l'est de Syrte au début des combats.Et la clinique voit passer chaque jour des dizaines d'enfants dans son cas.
La plupart d'entre eux souffrent de maux liés à l'absence d'eau potable dans les maisons vides ou les refuges de fortune que leurs familles ont trouvées pour s'installer après avoir fui les combats à Syrte et dans ses environs, à 360 km à l'est de Tripoli.
Un journaliste de l'AFP a ainsi vu des dizaines de véhicules chargés d'hommes, de femmes et d'enfants apeurés quitter la ville, assiégée par les forces du nouveau régime et bombardée par l'Otan, et où, selon des témoignages, des mercenaires africains font régner la terreur parmi les habitants.
La situation "est très critique" dans la ville, explique Miftah Mohammed, un négociant en poisson qui s'est enfui avec une soixantaine de proches dans un convoi de sept voitures."Il n'y pas de nourriture, d'eau, d'essence, ni d'électricité.Les enfants n'ont plus de lait.Cela fait des jours que nous ne mangeons que des macaronis".
"J'ai vu environ 120 patients depuis ce matin, et 70% sont des enfants", la plupart venant de Syrte et des localités environnantes, explique le Dr Valentina Rybakova, une Ukrainienne qui travaille en Libye depuis huit ans.
"C'est une grave crise humanitaire.Nous essayons d'obtenir de l'aide de partout mais le principal problème c'est que ces gens n'ont pas accès à de l'eau potable", ajoute-t-elle.
Tout en parlant, elle ausculte Mohammed, 9 ans, qui souffre lui aussi de diarrhée."J'ai très mal à l'estomac.J'ai aussi de la fièvre depuis deux jours", raconte l'enfant.A côté, une fillette pleure et tousse en attendant son tour.
Selon le Dr Rybakova, la clinique manque de certains médicaments, mais surtout d'infirmières: "Des médicaments nous manque, mais nous allons en recevoir.Le problème c'est qu'il n'y a pas assez d'infirmières pour soigner le flot incessant de patients".
Et pour les enfants traumatisés par les combats et les explosions qui ont rythmé leur quotidien pendant des semaines, la clinique n'est pas un havre de paix.Juste en face, une mosquée est devenue l'un des points de rencontre où les combattants du nouveau régime retrouvent régulièrement leurs commandants.
Même si les combattants blessés sont soignés dans un hôpital de campagne à quelques kilomètres de là, beaucoup d'hommes armés vont et viennent dans la clinique, parfois pour accompagner des proches.
Régulièrement, un ou plusieurs combattants tirent en l'air en signe de joie, de victoire ou d'encouragement."Cela aussi pose problème, les enfants ont peur", tempête le Dr Rybakova.
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