A première vue, ce n'est rien de bouleversant, juste quelques caisses de munitions en bois empilées dans le coin d'un immense hangar presque vide.
Mais leur format rectangulaire, leur taille --de celle d'une table basse de salon--, ainsi que les inscriptions jaunes en cyrillique sur la peinture kaki attirent l'oeil.
L'ouverture de l'une des boîtes confirme l'intuition: des missiles anti-aériens SAM-7 de fabrication soviétique, apparemment prêts à l'emploi, avec crosse amovible de mise à feu et batterie thermique.
Il y a ici environ deux cents de ces missiles, dans un ancien stock d'armes de l'armée du dirigeant déchu Mouammar Kadhafi, en périphérie de Benghazi (est).
Perdu au bout d'un chemin de terre jonché d'ordures, ces hangars servent désormais aux forces du nouveau régime pour entreposer pièces d'artillerie et munitions.
Derrière un simple mur d'enceinte, l'endroit est sous la surveillance étonnamment lâche de rares sentinelles à moitié endormies ou les mains dans les poches sur la barrière d'entrée.Quelques hommes en civil y bricolent de vieux camions brinquebalants surmontés de batterie de lance-roquettes BM-21.
Ce jour-là, un général de brigade de la nouvelle armée, aidé d'une poignée de ses militaires, s'affairent au-dessus d'une dizaine de SAM-7, sous l'oeil des caméras et journalistes convoqués pour l'occasion.
L'optique de guidage des missiles ainsi que leur crosse de mise à feu sont brisées à coup de marteau.Au total, 180 SAM-7 ont ainsi été détruits ces derniers jours par le Conseil national de transition (CNT).
Il s'agit de "montrer au monde entier que la nouvelle Libye est soucieuse de contribuer à la sécurité internationale", selon le général Hadia.
"Ces missiles sont légers, de petite taille, et faciles à manier.Même s'ils sont obsolètes face aux avions de combat modernes, ils pourraient être utilisés pour détruire un avion civil".
Le scénario donne des sueurs froide aux pays occidentaux, alors que de nombreux arsenaux de l'armée de Kadhafi ont été pillés et des armes en tout genre distribuées à ses partisans en fuite.
Les experts anti-terroristes redoutent en particulier que certaines de ces armes ne soient tombées dans les mains de groupes comme Al-Qaïda au Maghreb (Aqmi) ou n'alimentent les conflits en cours au Sahel.
Selon un rapport du département d'Etat américain, plus de 40 avions civils ont été touchés par des missiles sol-air portables depuis les années 1970.
En novembre 2002, au moins un missile SAM-7 avait été tiré contre un avion de ligne israélien à Mombasa, sur la côte du Kenya, mais avait manqué sa cible de peu, dans une attaque ensuite revendiquée par al-Qaïda.
Conçu à partir des années 70, le SAM-7 selon sa désignation Otan, ou "9K32 Strela-2", est un missile sol-air de très courte portée (environ 4km) à guidage infrarouge.
Mis en oeuvre par un seul homme et d'une utilisation relativement sommaire, il est tiré à l'épaule, mais nécessite cependant une formation du tireur et une maintenance régulière du matériel, en particulier de sa batterie thermique.
"A juste titre, la communauté internationale a peur de ces armes", souligne le général Hadia.Sur les 20.000 SAM-7 achetés par Kadhafi, "plus de 14.000 ont été soit utilisés, soit détruits, ou sont aujourd'hui hors d'usage".Près de 500 ont été retrouvés par les forces du CNT, qui seront tous neutralisés, affirme-t-il.
Mais "environ 5.000 SAM-7 sont toujours manquants.Malheureusement, il est possible que certains soient tombés entre de mauvaises mains (...) à l'étranger".
Selon un haut responsable de l'Otan, l'amiral Giampaolo Di Paola, cité dimanche dans la presse allemande, ce sont en fait au moins 10.000 missiles sol-air libyens dont la trace a été perdue, et qui représentent "une sérieuse menace pour l'aviation civile" dans le monde.
Venus assister à la conférence de presse dans un coin du hangar, des "experts" américains, casquette de base-ball vissée sur la tête, ne peuvent s'empêcher de lever les yeux au ciel.Au moins "5.000 SAM-7 dans la nature, on a du boulot devant nous...", commente, laconique, un membre de l'équipe.
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