Le gouvernement sud-africain a affirmé qu'il aurait été prêt à accorder un visa au dalaï lama, si ce dernier n'avait pas lui-même annulé sa visite prévue à Desmond Tutu, mais les critiques accusant Pretoria d'avoir cédé aux pressions chinoises ont continué mercredi.
Après avoir lancé un retentissant "je vous préviens, un jour nous allons commencer à prier pour la défaite de l'ANC", le parti de la lutte anti-apartheid, au pouvoir depuis 1994, qui a résonné sur toutes les chaînes sud-africaines, Desmond Tutu, le bouillonnant archevêque anglican, ne décolérait pas.
"C'est inconcevable que ceux qui ont souffert sous un régime d'oppression puissent faire ce genre de choses qui sont vraiment l'apanage des gouvernements d'oppression", a dit dans une interview à l'AFP le vieil homme, qui fête ses 80 ans vendredi.
Tutu avait invité le chef spirituel tibétain, prix Nobel de la paix comme lui, mais traité en ennemi par Pékin.Le dalaï lama aurait dû quitter sa résidence en Inde mercredi, mais son visa n'était toujours pas arrivé mardi, et il a finalement décidé d'annuler son voyage.
Interrogé pour savoir si le dalaï lama aurait obtenu son visa s'il n'avait pas annulé son voyage, le vice-président Kgalema Motlanthe, cité par le quotidien The Star, a répondu: "Bien sûr.Il est déjà venu ici.Je ne vois pas pourquoi on en fait tout une histoire".
Le dalaï lama est en effet venu en Afrique du Sud, accueilli en 1996 par Nelson Mandela, alors président, puis à nouveau en 1999 et 2004, mais jamais depuis l'élection à la présidence de Jacob Zuma en 2009, qui a lui a refusé un visa la même année.
Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Clayson Moneyla, a réaffirmé pour sa part que l'Afrique du Sud prenaient ses décisions souverainement guidées par ses seuls intérêts.
"Nous ne sommes pas intimidés, nous ne sommes pas sous pression, nous ne sommes influencés par personne", a-t-il dit.
M. Moneyla a lui aussi insisté sur le fait que le dalaï lama avait lui-même annulé sa visite.
"Le processus d'attribution du visa était encore en cours lorsque il a pris la décision d'annuler (son voyage).La commission compétente à New Delhi, en Inde, allait prendre contact avec lui hier (mardi) soir ou ce (mercredi) matin pour lui signifier le résultat de sa demande", a affirmé M. Moneyla.
Tutu, premier archevêque noir d'Afrique du Sud et toujours virulent quand il s'agit de dénoncer le président Zuma, s'est montré peu convaincu.
"Pourquoi ont-ils laissé la chose tellement en suspens et mis tout le monde dans l'incertitude.Pourquoi?", a-t-il réagi."Ils auraient pu nous dire diablement plus tôt, à nous ou au dalaï lama, +vous aurez le visa ou vous ne l'aurez pas".
"Personne n'est dupe", commentait également l'éditorialiste du quotidien économique Business Day, mais "est-ce vraiment dans notre intérêt d'envoyer comme message au monde que nos principes sont à vendre au plus offrant?".
"Manque de fibre morale et politique étrangère inepte", critiquait le quotidien The Cape Times.A Johannesburg, une marche de protestation a rassemblé 500 personnes à l'université de Witwatersrand, où le dalaï lama devait tenir une conférence sur la non-violence mercredi prochain.
Interrogé par l'AFP en Inde, où le dalaï lama vit en exil et avait fait sa demande de visa, Tenzin Taklha, son porte-parole, a souligné que le voyage avait été annulé "à la dernière minute".
"Hier (mardi) nos représentants à Delhi ont appelé l'ambassade d'Afrique du Sud et ils ne nous ont pas rappelé", a-t-il dit.La demande avait été faite une première fois en juin, puis redéposée en août suivant les instructions reçues.
Le dalaï lama aurait dû partir mercredi de Dharamsala et prendre l'avion pour l'Afrique du Sud jeudi."C'est devenu impossible.Sa Sainteté a eu le sentiment que cela créait trop de dérangement et sa politique est ne pas déranger ses hôtes", a-t-il ajouté.
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