A "l'hôtel des révolutionnaires!", sur le front de mer de Syrte

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SYRTE (Libye) (AFP) - (AFP)

Ce devait être un lieu de villégiature pour les barons de la Libye de Mouammar Kadhafi.Flambant neuf mais déjà presque en ruine, l'hôtel de luxe Alkardabiya, au nord-est de Syrte assiégée, sert désormais de poste d'observation aux combattants du nouveau régime.

La vue est superbe, telle une carte postale: des balcons grêlés d'impacts de tirs, le regard plonge directement dans les eaux bleues transparentes de la Méditerranée, dont la plage n'est qu'à quelques pas en contrebas.

L'immense piscine à moitié remplie d'eau saumâtre et les fauteuils de plage enchevêtrés sur le solarium rappelle que la guerre est passée par là.

Le toit du bâtiment de sept étages domine tout le champ de bataille, une vaste étendue d'immeubles, antennes télécoms et minarets de mosquées, d'où des volutes de fumée noire s'élèvent à chaque tir d'artillerie et frappes aériennes de l'Otan.

On distingue clairement les dernières place-fortes des forces pro-Kadhafi assiégées: notamment le Centre de conférence de Ouagadougou, où l'Union africaine (UA) tenait ses sommets, l'Université et les tours voisines en construction, d'où les snipers alignent immanquablement tous les véhicules des anti-Kadhafi qui se présentent à l'entrée Est de la ville.

"Nous tenons cette position depuis une semaine.Les combats pour s'emparer de l'hôtel ont été acharnés", explique Nasser El-Mgasibi, l'un des commandants de la brigade "Libye libre", dont les combattants ont pris leurs quartiers dans les luxueuses suites et "room VIP".

A un jet de pierre du port, "cet hôtel nous aide beaucoup.C'est un point haut et donc stratégique, qui donne une vue sur toute la ville", souligne Nasser, entre deux coups d'oeil dans une imposante lunette binoculaire soviétique posée derrière une rangée de sacs de sable.

L'oreille collée au talkie-walkie, l'officier est venu sur le toit contrôler l'avancée de ses hommes dans le "quartier voisin des Mauritaniens".A un kilomètre de là, les 4X4 chargés de combattants du Conseil national de transition (CNT) s'y engouffrent en trombe.

Les combats se déroulent désormais dans le centre de Syrte.Tout le front de mer est à portée de tirs des mitrailleurs de la brigade.

"C'est un combat urbain, il est difficile de dire où sont les positions ennemies.Ils bougent beaucoup, nous harcèlent depuis un immeuble pendant quelques minutes puis ils changent de place".

"Le problème, ce sont les civils.Cela prendra encore un peu de temps avant de prendre la ville", concède Nasser.

"Baissez vous!Attention aux snipers!", rappelle l'un de ses hommes.Le danger permanent des tireurs embusqués fait baisser la tête même aux plus téméraires.

Les rafales assourdissantes d'un canon de 23 mm installé sur un balcon d'une chambre du 5e étage, viennent sans cesse interrompre les conversations.

Dissimulés derrière deux canapés en miraculeux équilibre sur la balustrade, ses servants scrutent eux aussi l'horizon, à la recherche du moindre signe de mouvement de l'ennemi.

Les boîtes d'obus en ferraille s'amoncellent dans l'ancien bain à bulles en plein air.Les meubles renversés calfeutrent les fenêtres explosées de la suite, dont le sol est jonché de douilles et d'éclats de vitre.Clients d'un nouveau genre, les combattants de la brigade "Libye libre" se sont approprié les chambres de l'Alkardabiya.

Quelques-unes donnant sur la ville servent de postes de combats.Les autres, dans l'angle mort vers le port ou sur la mer, sont utilisées pour se reposer -- leur vocation première -- par des soldats qui y goûtent les délices des douces couettes des lits "king size".

Le mobilier en bois massif est éparpillé dans l'hôtel, au milieu des restes peu ragoûtants de repas et des caisses de munitions éventrées.

Sur les escaliers de marbre, des taches de sang séché.Dans l'immense lobby, quasiment intact si ce n'était les impacts de mitraille et les bris de verre, les combattants posent pour la photo autour d'un lion en bois sculpté qui montre les crocs.

"Il n'y a plus d'Alkardabiya.Bienvenue à l'hôtel des révolutionnaires!", s'amuse une sentinelle en béret, trônant derrière la réception désertée.

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