Libye: un déluge de feu à Syrte pour neutraliser les tireurs pro-Kadhafi embusqués

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SYRTE (Libye) (AFP) - (AFP)

Fin d'après-midi sur la ligne de front de Syrte.Les combattants du Conseil national de transition (CNT) disent que c'est habituellement le moment chaud de la journée, l'heure à laquelle les affrontements sont les plus intenses et les pertes les plus lourdes.

Depuis les derniers champs en friche qui marquent les faubourgs nord-est de la ville, située à 360 km à l'est de Tripoli, les "révolutionnaires" pilonnent à deux kilomètres de là un sniper pro-Kadhafi caché dans les entrailles d'un immeuble en construction.

Le ou les tireurs embusqués ont pris position dans les étages et visent depuis le matin tous les combattants qui ont l'imprudence de passer la tête au-dessus des monticules de sable et du mur en briques qui marque leur première ligne.

Derrière ses jumelles, le commandant Bagar, trentenaire taciturne au physique de playboy, guide laconiquement les tirs de ses hommes qui arrosent généreusement l'ennemi à la mitrailleuse: "un peu plus à gauche", ordonne-t-il.

Un 4X4 surmonté d'une Douchka de 12.7 mm vient se coller par l'arrière du mur de briques.La mitrailleuse, qui dépasse juste ce qu'il faut au-dessus de la muraille, lâche une volée de rafales.

Un autre véhicule vient prendre sa place: "clic, clic", la Douchka tire à vide.Les mitrailleurs tentent de réparer l'engin, apparemment enrayé, mais s'exposent ainsi dangereusement."Ne restez pas là!".Le 4X4 redémarre en trombe pour se mettre à l'abri.

Le jeune servant enthousiaste d'un unique mortier de 82mm entre en scène.Un rapide coup d'oeil pour régler le système de visée, le gamin balance un premier obus fumigène, histoire d'ajuster les prochains tirs.

Un panache de fumée blanche s'élève au pied de la tour semblable à un squelette de béton.Les obus suivants, de vrais obus bourrés d'explosifs, tombent juste et font trembler le sol.

Les balles continuent pourtant de siffler aux oreilles.Les snipers n'ont pas encore été mis hors d'état de nuire.Des tirs de mortiers s'abattent même sur un champ voisin, à une cinquantaine de mètres des combattants du CNT qui se jettent la tête dans le sable pour échapper aux éclats.

La riposte des pro-Kadhafi reste néanmoins étonnamment timide, sans doute la conséquence de bientôt trois semaines de siège, d'épuisement et de manque de munitions.

"Dépêchez vous, la nuit tombe, on ne verra bientôt plus rien", presse le commandant Bagar.On met cette fois en batterie le canon de 105mm, tube d'acier de deux mètres de long, dont les imposants obus sont alignés à même le sol.

Les combattants se bouchent les oreilles en prévision de la détonation, qui soulève un nuage de poussière et fait effectivement siffler les tympans.

Les positions CNT voisines concentrent leurs tirs sur l'immeuble aux snipers.Un peu plus loin, un char T-70 ouvre le feu à intervalles réguliers sur la ville.Le vacarme infernal est immanquablement précédé d'un "Allah Akbar" (Dieu est le plus grand) d'avertissement.

Comme chaque soir, le pilonnage s'intensifie de toute part sur Syrte assiégée.

Une pluie d'obus s'abat sur le Centre de conférence Ouagadougou, sorte d'énorme blockhaus où se tenaient autrefois des sommets panafricains et qui sert aujourd'hui d'ultime place-forte aux partisans de l'ancien régime.

Les "Howitzer" sont à l'oeuvre, ces imposantes pièces d'artillerie alignées dans un champ à une quinzaine de km en périphérie est de la ville, et dont les obus traversent le ciel en un lent sifflement caractéristique.

Dans un feu d'artifice meurtrier, les traçantes rougeoyantes des canons anti-aériens utilisés en combat au sol strient l'obscurité tombante pour venir se fracasser sur les immeubles du centre-ville.

Les échanges de tirs dans le nord-est de la ville, le long du bord de mer, indiquent que les combattants CNT y ont apparemment progressé de quelques centaines de mètres en s'emparant d'un pâté de résidences.Cette zone marque l'entrée du "quartier des Mauritaniens", où combattraient de nombreux mercenaires originaires de ce pays, mais naturalisés Libyens, selon des commandants des nouvelles autorités.

Une nouvelle nuit de siège commence.Les bombardements ne cesseront qu'au milieu de la nuit.

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