Le Nobel de la paix a été attribué vendredi à trois femmes: la présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf et sa compatriote Leymah Gbowee qui ont extirpé leur pays de la guerre civile, et la Yéménite Tawakkol Karman, figure emblématique du "printemps arabe".
Les trois lauréates sont conjointement récompensées "pour leur lutte non-violente en faveur de la sécurité des femmes et de leurs droits à participer aux oeuvres de paix", a déclaré le président du comité Nobel norvégien, Thorbjoern Jagland.
Première femme démocratiquement élue à la tête d'un pays africain en 2005, Mme Sirleaf, 72 ans, a oeuvré à la reconstruction d'un pays ravagé par 14 ans de guerres civiles, qui ont fait quelque 250.000 morts et laissé une économie exsangue.
Cette "Dame de fer", comme elle est surnommée, reçoit le Nobel quatre jours seulement avant une élection présidentielle incertaine au cours de laquelle elle brigue un second mandat, ce qui suscite une controverse au Liberia.
"C'est un prix pour tout le peuple libérien", a réagi l'intéressée, très populaire à l'étranger mais beaucoup moins consensuelle dans son pays, où on lui reproche de ne pas avoir rempli ses promesses en matière économique et sociale et de ne pas avoir suffisamment fait pour la réconciliation nationale.
Son principal opposant à la présidentielle, Winston Tubman, s'est ainsi érigé auprès de l'AFP contre un prix "inacceptable et non mérité".
D'abord soutien de Charles Taylor, Mme Sirleaf en devient une féroce adversaire, en réaction aux violences qui vaudront au chef de guerre devenu président (1997-2003) d'être jugé à La Haye pour crimes de guerre et contre l'humanité.
Son accession au pouvoir a été rendue possible par le travail sur le terrain de Leymah Gbowee, "guerrière de la paix", à l'origine d'un mouvement pacifique qui contribuera, notamment à l'aide d'une "grève du sexe", à mettre fin à la deuxième guerre civile en 2003.
Lancée en 2002, l'initiative originale de cette travailleuse sociale de 39 ans voit les femmes --toutes confessions religieuses confondues-- se refuser aux hommes tant que les hostilités se poursuivent, ce qui oblige Charles Taylor à les associer aux négociations de paix peu avant sa chute.
Fondé en 1822 par des esclaves noirs affranchis venus des Etats-Unis, le Liberia connaît toujours une paix fragile du fait de vives tensions ethniques et de la présence de mercenaires difficilement délogeables.
Première Arabe Nobel de la paix
La troisième lauréate, Tawakkol Karman, journaliste de 32 ans, est une figure emblématique du soulèvement populaire au Yémen, pays conservateur où les femmes ne jouent pas de rôle de premier plan en politique.
Première femme arabe à recevoir la prestigieuse récompense, elle l'a immédiatement dédiée aux Yéménites qui luttent contre le régime du président contesté Ali Abdallah Saleh.
"Ce prix est une victoire pour la révolution et pour le caractère pacifique de cette révolution", a-t-elle dit à l'AFP.
Fondatrice du groupe "Femmes journalistes sans chaînes", cette jeune femme frêle, mère de trois enfants, a été un des principaux meneurs des manifestations estudiantines de janvier qui ont donné le coup d'envoi au soulèvement, ce qui lui valut d'être brièvement arrêtée.
Seules 12 femmes avaient jusque là reçu le prix Nobel de la paix en 110 ans d'histoire, la dernière étant l'écologiste kényane Wangari Maathai (2004) qui vient de décéder.
Femme la plus puissante du monde selon le magazine Forbes, la chancelière allemande Angela Merkel a félicité les lauréates pour "leur combat pacifique en faveur des droits des femmes et en faveur de la paix".
Le chef de la diplomatie française, Alain Juppé, a pour sa part loué l'engagement de "trois femmes d'exception, inlassables militantes de paix et de la démocratie".
Le prix sera remis aux trois lauréates à Oslo le 10 décembre, date anniversaire de la mort de son fondateur, l'industriel et philanthrope suédois Alfred Nobel.
Il consiste en une médaille, un diplôme et un chèque de 10 millions de couronnes suédoises (environ un million d'euros) que les lauréates se partageront.
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