A l'Hôpital copte du Caire, la colère des chrétiens contre l'armée

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LE CAIRE (AFP) - (AFP)

A moitié couché sur le cercueil de son ami Mina, Tony sanglote longuement avant d'entrer dans une colère noire lorsque quelqu'un mentionne l'armée.Après les violences de dimanche, nombreux sont les chrétiens d'Egypte à pointer les militaires du doigt.

Devant l'Hôpital copte, dans le centre du Caire, où se trouvent les dépouilles de 17 manifestants tués la veille dans les affrontements qui ont fait 25 morts au total, des centaines de personnes ont crié lundi leur ressentiment et leur frustration.

"A bas le pouvoir militaire!A bas le maréchal!Le peuple veut l'exécution du maréchal!", scandaient les manifestants, en allusion au maréchal Hussein Tantaoui, le chef du Conseil suprême des forces armées, qui dirige le pays depuis la chute du président Hosni Moubarak en février.

"SOS: les Coptes sont attaqués par l'armée d'Egypte", proclamait une pancarte.

Dimanche, 25 personnes ont été tuées et plus de 300 autres blessées lorsqu'une manifestation de Coptes qui protestaient contre l'incendie d'une église a basculé dans la violence.

Les chrétiens d'Egypte se plaignent depuis longtemps de discriminations et se disent de plus en plus marginalisés dans un pays en majorité musulman, où l'islamisme est de plus en plus visible.

A l'entrée de l'hôpital, une jeune fille pleure au téléphone, entourée par des amies.Son fiancé a été tué la veille."Il a été écrasé par un véhicule de transport des troupes.C'est l'armée qui l'a tué", dénonce la mère de la jeune fille.

"L'armée dit que nous étions armés, c'est complètement faux!Trois groupes nous ont attaqués hier: la police, les militaires et les baltageyya (voyous, ndlr)", affirme à l'AFP Nour Abdallah Morgane, 32 ans."Tout ça a été planifié par l'armée et la police", accuse-t-il.

"J'ai vu les véhicules de l'armée foncer à toute vitesse sur les manifestants.J'ai vu les gens se faire écraser, et quand certains en réchappaient, c'est la police anti-émeutes qui est venue les chercher et les passer à tabac", assure Samuel Souleimane, 28 ans.

Dans la buanderie de l'hôpital, où tourne une machine à laver, des cercueils vides, recouverts de fleurs arrangées en forme de croix, attendent que les dépouilles y soient déposées après l'autopsie.

Les yeux rougies, la mine défaite mais combative, Tony passe fébrilement des larmes à la colère en caressant la photo de son ami Mina Daniel, tué par balle.

"Quand il entendait dire +l'armée et le peuple, une seule main+, il disait +Non, tu verras, l'armée sera du côté du ministère de l'Intérieur+.Et il a eu raison", dit Tony.

"Sa cervelle me dégoulinait entre les doigts", ajoute-t-il, avant de se coucher sur le cercueil en sanglotant.

Dans l'après-midi, la question de l'autopsie a provoqué des remous: la majorité est pour, mais veut qu'elle soit faite à l'Hôpital copte.

"Il faut que les martyrs soient autopsiés pour que nous puissions établir qu'ils ont bien été tués et qu'ils ne sont pas morts de mort naturelle, mais ils doivent être emmenés ailleurs car l'hôpital n'est pas équipé", affirme à la foule Ehab Ramzi, un avocat de la communauté copte.

Mais lorsqu'il propose que les corps soient transférés au siège de la médecine légale, près du quartier populaire de Sayyeda Zeinab, c'est la levée de boucliers.

"Jamais!Si on y va, on va se faire massacrer!", crie l'un des manifestants.

"Non seulement ils ont un problème avec nous, mais en plus ils croient maintenant qu'on a tiré sur les militaires, ça va être une boucherie", explique un autre.

Un peu plus tard, un accord semble avoir été trouvé: "Les médecins légistes vont venir ici", explique M. Ramzi à l'AFP, pendant que des blocs de glace continuent à arriver pour la morgue.

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