Tunisie: à Sidi Bouzid, les symboles ont fait long feu

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SIDI BOUZID (AFP) - (AFP)

Sidi Bouzid, symbole de la révolution tunisienne ? Ils n'en tirent même plus de fierté.Dans les rues de la ville où tout a commencé, des groupes de jeunes traînent leur ennui et leur colère.Beaucoup n'iront pas voter dimanche.

Le 17 décembre 2010, Mohamed Bouazizi, un vendeur ambulant de fruits et légumes à Sidi Bouzid, s'immole par le feu.Son geste désespéré déclenche des manifestations qui gagneront peu à peu la capitale et aboutiront à la fuite de Ben Ali le 14 janvier.

Bassem, Mohamed, Omar, Khalil sont tous "chômeurs, évidemment".Ils ont entre 20 et 30 ans, ont participé au soulèvement de Sidi Bouzid, ville de 80.000 habitants du centre ouest du pays, devenue le symbole de la colère et de la frustration des régions de l'intérieur oubliées du "miracle économique" tunisien.

Mais neuf mois après, les symboles ont fait long feu."On a toujours été mal vus, de toute façon.Les livres d'histoire parleront de la Révolution du 14 janvier à Tunis, pas de celle du 17 décembre à Sidi Bouzid", dit en haussant les épaules Youssef Trabelsi, propriétaire d'une salle de sport.

Nombre de jeunes estiment que la révolution n'a rien changé pour eux, et ont regardé d'un oeil distrait la campagne électorale en vue des élections "historiques" de dimanche.

Sidi Bouzid a été le point de passage obligé de tous les responsables des grands partis.Ennahda, le mouvement islamiste favori du scrutin, a même lancé sa campagne dans cette ville.

Sans convaincre."Avant, il n'y en avait qu'un seul qui mentait, Ben Ali.Maintenant ils sont 100!", s'amuse Bassem, alors que 65 listes se présentent dans la circonscription de Sidi Bouzid.

"C'est toujours les mêmes méthodes.Les partis quels qu'ils soient distribuent 10 dinars (5 euros) par ci, 20 dinars par là, pour qu'on aille à leurs meetings ou qu'on distribue leurs tracts", s'indigne Samir, un fonctionnaire de 50 ans.

"C'est vrai, mais au moins ça fait de l'argent de poche", reconnaît Omar Haj Laoui, un jeune homme de 20 ans qui, pour 5 dinars et un sandwich, est monté dans un car fin septembre pour assister au meeting à Tunis de l'UPL, un parti fondé au début de l'été par un richissime homme d'affaires à la réputation sulfureuse, Slim Riahi.

"Il y avait de l'ambiance, au moins", sourit-il.

Sidi Bouzid, la déprime."Ici, il n'y a rien à faire.La piscine, c'est 4 dinars pour une heure, à peine le temps de faire un plongeon.Il ne te reste que l'ennui, la bagarre ou l'alcool", ajoute Omar.

Selon le syndicaliste et enseignant Slimane Rouissi, "40 à 50% des jeunes de la ville ne veulent pas voter"."La crise de confiance entre le peuple et les politiques, la profusion des partis en lice pour le scrutin, l'impression que rien n'a changé", énumère-t-il.

"Et puis, nous, cette révolution, on l'a faite parce qu'on est des chômeurs et parce qu'on veut du travail, pas pour une nouvelle constitution", lance un autre jeune sans emploi, Mohamed Mohamed Amine Ziri.

Sur les murs de la "wilaya" (préfecture) de Sidi Bouzid, devant laquelle s'est immolé Bouazizi, des demandes d'emploi s'affichent sur des bouts de papiers à moitié décollés.

Dans son bureau au premier étage, Mustapha Wadder, premier délégué du gouvernorat, appelle ses assistants, fouille ses dossiers pour retrouver les chiffres.Le haut fonctionnaire ne veut pas laisser dire que rien n'a été fait pour Sidi Bouzid.

Un plan d'investissement 2011 a été lancé pour le gouvernorat (412.000 habitants) et les fonds ont été débloqués.47 millions de dinars (environ 23,5 millions d'euros) pour développer l'infrastructure et les routes de cette région essentiellement agricole.66 millions de dinars (environ 33 millions d'euros) pour des programmes d'aide à l'artisanat, de soutien à des PME.19 millions de dinars pour le secteur de la santé.

"Des choses sont faites, mais les gens n'en voient pas encore les effets, et ici, les mentalités sont dures", soupire M. Wadder.En poste à Sidi Bouzid depuis le 1er juin, le haut fonctionnaire arrivé de Sfax (sur le littoral) sourit."Sincèrement, oui, c'est difficile de travailler ici.C'est une région qui a beaucoup donné et rien reçu.Le vrai point de départ, ce sera après le 23 octobre.Alors on pourra juger sur pièces".

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