Le président somalien Sharif Cheikh Ahmed a dénoncé lundi à Mogadiscio l'intervention militaire kényane menée depuis une semaine dans son pays contre ses ennemis islamistes shebab, laissant entendre qu'elle avait été lancée sans son accord.
"Le gouvernement somalien et son peuple ne permettront pas à des troupes d'entrer sur leur territoire sans accord préalable", a déclaré le président somalien devant des journalistes.
"Le Kenya a donné son accord pour aider les forces somaliennes d'un point de vue logistique, mais nous ne permettrons jamais quoi que ce soit qui puisse nourrir les soupçons d'intervention (extérieure)", a poursuivi Sharif Cheikh Ahmed, qui commentait pour la première fois publiquement l'intervention kényane.
Des soldats kényans sont entrés le 16 octobre dans le sud de la Somalie, soutenus par des moyens aériens.Leur gouvernement a justifié cette intervention militaire sans précédent par une série d'enlèvements d'Européennes perpétrés récemment sur le sol kényan et attribués par Nairobi aux islamistes somaliens shebab, en lutte contre le gouvernement somalien de transition de Sharif Cheikh Ahmd.Les shebab ont démenti pour leur part toute implication dans ces rapts.
Les ministres de la Défense du Kenya et de la Somalie ont signé le 18 octobre à Mogadiscio un accord de coopération pour des opérations militaires et de sécurité, qui limitent les interventions kényanes à la région somalienne frontalière du Bas Juba, au sud du pays.
Le président somalien n'a pas fait référence à cet accord, au cours du point de presse tenu dans une caserne de Mogadiscio."Il n'y a qu'une seule chose que nous savons à propos des forces kényanes, c'est leur offre de former l'armée nationale de Somalie", a affirmé Sharif Cheikh Ahmed.
Le porte-parole du gouvernement kényan Alfred Mutua, interrogé par l'AFP, n'a pas souhaité commenter les propos du président somalien, qui risquent de mettre Nairobi dans une situation délicate.
L'Union africaine avait prudemment indiqué la semaine dernière "comprendre les motivations" de l'intervention kényane, tout en soulignant qu'il ne s'agissait pas d'un soutien de sa part.
La France avait souhaité le succès de l'opération kényane, menée selon Paris "en lien et en étroite concertation avec le Gouvernement fédéral de transition" somalien.
L'armée française va d'ailleurs mettre à disposition de l'armée kényane à partir de cette semaine un avion de transport Transall pour acheminer dans le nord du Kenya du matériel militaire destiné à l'opération en Somalie, a-t-on appris lundi auprès de l'état-major des armées.
Les soldats kényans, qui seraient environ 2.000, ont pris position à une centaine de km environ à l'intérieur du territoire somalien, avec l'objectif de déloger les shebab de leurs bastions du sud du pays, et en particulier du port de Kismayo, d'où les insurgés tirent l'essentiel de leurs revenus.
Les shebab ont menacé en représailles de "frapper au coeur des intérêts" du Kenya.La police kényane soupçonne les islamistes somaliens d'être à l'origine d'une attaque à la grenade qui a fait 14 blessés dans une discothèque de Nairobi dans la nuit de dimanche à lundi, tout en reconnaissant qu'ils ne disposaient ni d'indice ni de revendication pour étayer cette affirmation.
Sharif Cheikh Ahmed a présidé l'Union des tribunaux islamiques, une coalition chassée de Mogadiscio par l'armée éthiopienne fin 2006.Il a été élu par le Parlement président du gouvernement de transition en janvier 2009, à la suite d'un accord entre ce gouvernement et une partie de l'opposition armée.Les shebab, anciens alliés de Sharif Cheikh Ahmed au sein des tribunaux islamiques, avaient alors dénoncé cet accord.
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