Les pourparlers en vue de former un gouvernement de transition après 42 ans de règne de Mouammar Kadhafi sont entrés lundi dans le vif du sujet, les nouveaux dirigeants suscitant l'inquiétude en assurant que la Libye serait régie par la charia.
Cette annonce a fait réagir en Libye, surtout parmi les femmes, ainsi qu'à l'étranger.L'Union européenne, la France et les Etats-Unis ont appelé au respect des droits de l'homme, en particulier en matière de diversité culturelle et religieuse ou d'égalité des sexes.
Le président du Conseil national de transition (CNT), Moustapha Abdeljalil, a cherché lundi à rassurer: "En tant que Libyens nous sommes musulmans, mais musulmans modérés", a-t-il déclaré au cours d'une conférence de presse à Benghazi (est).
Les règles de l'islam "ne représentent aucun danger pour quelque parti politique ou faction que ce soit", a-t-il insisté, assurant que les lois en vigueur ne seraient pas sommairement abrogées.
"En tant que pays musulman, nous avons adopté la charia (loi islamique) comme loi essentielle et toute loi qui violerait la charia est légalement nulle et non avenue", avait-il pourtant déclaré dimanche, en citant le mariage et le divorce, sur lesquels la loi en vigueur est plus libérale que la charia.
Lundi, il a ajouté l'exemple "essentiel" des banques, rappelant que la charia interdisait l'usure et qu'il existait des banques opérant "selon le système islamique, à savoir le partage des gains et des pertes".
Au lendemain de la proclamation officielle de la "libération" du pays, M. Abdeljalil a assuré que le nouveau gouvernement, attendu dans un mois maximum, serait en place "d'ici à deux semaines".
De multiples luttes de pouvoir sont pourtant en jeu: libéraux contre islamistes, tensions régionalistes, rivalités tribales, ambitions individuelles ou pour le contrôle des revenus du pétrole...La feuille de route du CNT prévoit ensuite l'élection d'une assemblée constituante huit mois après la formation du gouvernement, suivie d'élections générales un an plus tard.
Sur les questions de sécurité, le général Charles Bouchard, qui dirige les opérations de l'Otan en Libye, a estimé lundi qu'il n'y avait plus de "menace d'attaques organisées" et que le CNT était désormais en mesure de protéger seul les Libyens, alors que l'Otan doit se retirer le 31 octobre.
Outre la polémique sur la charia, la fin d'un conflit qui a duré huit mois et fait, selon le CNT, plus de 30.000 morts, restait ternie par les circonstances douteuses de la mort de Mouammar Kadhafi, tué jeudi après avoir été capturé vivant.
Les nouvelles autorités libyennes affirment que l'ancien dirigeant a été tué d'une balle dans la tête lors d'un échange de tirs.Mais des témoignages et les vidéos tournées au moment de son arrestation laissent penser que l'ancien dirigeant a pu être victime d'une exécution sommaire.
Le médecin ayant pratiqué l'autopsie, le docteur Othmane el-Zentani, s'est borné à déclarer dimanche que Mouammar Kadhafi avait été "tué par balles".
Le leader cubain Fidel Castro a dénoncé lundi un "assassinat", tandis que la veuve de M. Kadhafi et plusieurs organisations, dont l'ONU, appuyée par les Etats-Unis, ont réclamé une enquête.
"Pour répondre aux requêtes internationales, nous avons commencé à mettre en place une commission chargée d'enquêter sur les circonstances de la mort de Mouammar Kadhafi dans l'accrochage avec son entourage au moment de sa capture", a déclaré lundi M. Abdeljalil.
Le chef du CNT, ancien ministre de la Justice de M. Kadhafi, a aussi assuré que les Libyens auraient voulu que l'ancien dirigeant soit jugé et qu'il "se sente aussi humilié que possible", estimant que "ceux qui avaient intérêt à cette mort rapide étaient ceux qui le soutenaient".
Le Haut commissariat de l'ONU aux droits de l'homme a salué la formation de cette commission.
La dépouille de Mouammar Kadhafi se trouvait toujours lundi dans une chambre froide d'un marché à Misrata (ouest), où les curieux continuaient en fin d'après-midi à défiler par centaines.Selon des responsables du CNT, la dépouille sera à terme remise à ses proches.
Parallèlement à la polémique sur la mort de M. Kadhafi, l'organisation Human Rights Watch (HRW) a appelé lundi le CNT à "mener immédiatement une enquête transparente" après la découverte des corps de 53 personnes, a priori des pro-Kadhafi, exécutés sommairement à Syrte.
Washington a qualifié cette affaire d'"extrêmement perturbante" et a appelé la Libye à mener une enquête.
Après des semaines de bombardements de l'Otan et de combats, la ville de Syrte était dévastée, et toujours parsemée lundi de centaines de cadavres.Aucun bâtiment n'était indemne et des avenues entières étaient inondées par des canalisations éventrées.
Les quelques centaines d'habitants revenus, pour la plupart seulement chercher quelques maigres affaires qui n'auraient pas été pillées, criaient leur colère contre les forces pro-CNT, l'Otan et le président français Nicolas Sarkozy, qui a été à l'avant-garde de la mobilisation internationale.
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