"Je ne veux plus être appelé réfugié": après avoir fui trois fois la guerre en Angola depuis 1961 pour se réfugier en République démocratique du Congo, Emma Nzola est à nouveau retourné vivre dans son pays d'origine, rapatrié volontaire comme 251 autres exilés angolais.
"Je pourrais rester ici mais je ne veux plus être appelé réfugié.Je déteste ça.Je veux changer d'appellation.Je veux être un citoyen angolais", jure ce père de 7 enfants âgés de 12 à 30 ans, dont six nés en RDC.
Vendredi, avec une émotion teintée d'inquiétude, il a franchi en convoi la frontière angolaise dans la province du Bas-Congo (nord-ouest de la RDC) avec 85 autres familles, lors d'une opération menée par le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), avec l'aide de l'Organisation internationale des migrations (OIM).
D'autres convois suivront dans les prochaines semaines pour rapatrier près de 43.000 Angolais candidats au retour, sur les 80.000 installés en RDC.
La reprise des rapatriements, interrompus depuis 2007, a été décidée en juin lors d'une réunion RDC-Angola-HCR.
Emma Nzola a fui son pays successivement en 1961, au début de la guerre de libération contre le Portugal, l'ancienne puissance coloniale, puis deux fois lors de la longue guerre civile, en 1975 et en 1999, trouvant toujours refuge en RDC.
A 57 ans, cet ancien électricien devenu vendeur de poissons séchés veut désormais croire à un retour définitif: "Si le bon Dieu nous accorde la paix, nous allons rester".
Après une journée et une nuit passées dans un centre de transit du HCR à Kimpese pour les dernières formalités, les réfugiés sont partis tôt le matin jusqu'au poste frontalier de Lufu en RDC, à 80 km de là.
A l'issue d'une cérémonie symbolique et joyeuse pour marquer la reprise des rapatriements, en présence notamment du représentant régional du HCR et du ministre congolais des Affaires sociales, le convoi a franchi en milieu de journée le pont sur une petite rivière séparant les deux pays à cet endroit, pour se retrouver à Luvo.
"un rêve qui devient réalité"
"Je suis content.C'est un rêve qui devient réalité", lance en souriant Emma Nzola, en reprenant le slogan du HCR pour cette journée.
Initialement prévu pour être une simple formalité, l'arrêt à Luvo a tourné à la confusion quand les agents de l'immigration angolaise ont demandé à tous les passagers du convoi de descendre des bus pour vérifier leur identité.
D'abord inquiets, voire énervés pour quelques uns, les réfugiés se sont prêtés avec patience au contrôle, pendant près de deux heures, sous une chaleur étouffante et épouvante pour les enfants et quelques personnes âgées.
Puis le convoi est reparti vers un autre centre de transit, quelques kilomètres plus loin, avec une nouvelle cérémonie.
Les réfugiés ont été accueillis par des partisans du Mouvement populaire de la libération de l'Angola (MPLA), au pouvoir, dont certains tenaient des portraits du président angolais José Eduardo Dos Santos.
Envoyé "personnellement" par le "camarade président" pour leur souhaiter la bienvenue de "tout son amour", Joao Baptista Kussumua, ministre de l'Assistance et la réinsertion sociale, a assuré ses compatriotes que le gouvernement les accompagnerait dans leur réinsertion et leur réintégration.
Puis le ministre et les partisans du MPLA ont entonné un chant aux accents révolutionnaires, clos par un "la lutte continue !", le poing levé.
Comme d'autres réfugiés, Emma Nzola a aussi joint ce geste à la parole."C'est un discours.On va voir comment sera la réalité", glisse-t-il à la fin de la cérémonie.
Après une ultime vérification de leur nationalité pour obtenir une carte d'identité, les rapatriés doivent être ramenés à partir de lundi dans les localités où ils ont choisi de revenir vivre.
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