"Dans le passé on se réveillait aux cris des prisonniers torturés.Aujourd'hui on ne frappe plus les détenus".Bourawi al-Guebaili, ancien pensionnaire de la tristement célèbre prison libyenne d'Aïn Zara, est désormais son directeur et veut "faire la différence".
Des eucalyptus aux branches entrelacées bordent la route étroite menant à cette prison de la banlieue sud-est de Tripoli, jadis utilisée pour la détention d'opposants au régime de Mouammar Kadhafi.
Derrière ses murs, des gardiens se préparent à servir des repas chauds aux pensionnaires.
"Malgré le manque de moyens, on essaye de leur servir de bons repas.Nous mangeons la même chose qu'eux", se félicite M. Guebaili, ingénieur de métier, d'une cinquantaine d'années qui avait été détenu dans les années 1990.
Dans une des deux ailes de la prison, l'odeur de peinture fraîche se dégage des murs.Des employés africains sont à l'oeuvre pour réaménager une centaine de cellules saccagées et incendiées par les combattants du nouveau régime dans la foulée de leur entrée à Tripoli fin août.Les cellules de deux mètres sur trois sont peintes en gris et en blanc.
"Vous voyez, maintenant les toilettes ont des portes".Sous Kadhafi "les gardiens pouvaient nous regarder quand nous faisions nos besoins", explique M. Guebaili, selon qui une cinquantaine de prisonniers pro-Kadhafi sont actuellement enfermés dans l'aile de la prison visitée par des journalistes de l'AFP.
"Il y a des militaires et des VIP", anciens responsables du régime dont le directeur de la prison ne souhaite par révéler les noms: "Vous savez que le pays n'est pas encore totalement stable.Nous avons peur que des gens armés nous attaquent pour tenter de libérer les leurs", affirme-t-il.
"Ces gens-là ont aussi beaucoup d'argent et ils peuvent offrir des millions de dollars pour pouvoir quitter la prison.C'est pourquoi nous ne gardons que des hommes de confiance ici", ajoute-t-il, précisant que tous les prisonniers sont inscrits sous de faux noms.
Selon le directeur de la prison, "des dizaines de détenus" ont déjà été libérés, "les enquêtes et interrogatoires ayant montré qu'ils n'avaient pas de sang sur les mains".
"Nous menons des dizaines d'interrogatoires par jour, sans aucune violence sur les détenus, au point que les prisonniers eux-mêmes demandent à être interrogés parce qu'ils savent qu'ils ont une grande chance d'être relâchés", se félicite-t-il.
Plusieurs organisations de droits de l'Homme ont visité la prison, "et le seul reproche qu'on nous a fait était que les interrogatoires sont lents", assure-t-il."Mais vu le grand nombre de prisonniers, on n'a pas vraiment le choix.On essaye de faire de notre mieux", explique M. Guebaili.
A propos des nouveaux employés de la prison, il précise qu'ils sont des "volontaires"."Ceux qui veulent continuer avec nous seront titularisés à leur poste, c'est la seule offre qu'on a pu leur faire", précise-t-il.
Quant aux repas, couvertures et travaux de réaménagement, ils ont été financés, selon lui, par des hommes d'affaires.
Plusieurs organisations de défense des droits de l'Homme avaient demandé aux nouveaux dirigeants du pays de mettre fin aux arrestations arbitraires et aux mauvais traitements infligés aux prisonniers.
Le nouveau régime tarde à mettre en place une justice de transition.Ainsi, des centaines de prisonniers, dont des anciens responsables du régime, sont toujours détenus arbitrairement, dans l'attente d'un procès.
"Au moins 40% des anciens responsables sont entre les mains des révolutionnaires, notamment à Misrata", selon un responsable de la prison d'Aïn Zara.
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