Abdoulaye Wade, Fatal combat

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Au Sénégal, le 17 décembre prochain, le président Abdoulaye Wade, sera investi par la formation politique dont il est demeuré le secrétaire général, le Parti démocratique sénégalais (PDS), pour porter ses couleurs lors de la prochaine élection présidentielle en 2012. Insensible à la vague de contestation qui secoue le pays depuis des mois, l'exhortant à ne pas briguer un troisième mandat, Abdoulaye Wade décide de livrer son dernier combat, cette fois contre la majorité de ses concitoyens. Le combat de trop. Les opinions africaines qui observent le bras-de-fer entre le dirigeant sénégalais et la population dressée contre cette candidature, s'interroge sur les tenants de l'obstination de cet homme, manifestement déterminé à corrompre, à près de 90 ans, son propre parcours politique, au nom d'obscurs desseins qui hypothèquent désormais le destin collectif des Sénégalais�?�Aujourd'hui, seul compte l'agenda politique du président sortant, soutenu par sa famille et ses ayants-droit. Cet agenda est bien l'unique réponse du pouvoir aux revendications populaire. Opposant un mépris souverain à l'opinion qui conteste cette candidature en se fondant sur les textes constitutionnels, le PDS, aux ordres du pouvoir, persiste et signe : le dirigeant nonagénaire sera bien candidat à sa propre succession. Déjà convaincu de remporter le scrutin, ce dernier se gausse des atermoiements de l'opposition qui peine à désigner son « candidat unique ». Comme si la prochaine élection n'était qu'une formalité conçue pour satisfaire son agenda personnel, il invite Moustapha Niasse et Tanor Dieng, les deux principales figures de l'opposition, à « le rejoindre » en vue de la formation d'un « gouvernement d'union nationale ». Circulez donc, il n'y a rien à voir�?� Pour lui, tout ce bruit pour rien pourrait s'éteindre, juste au moyen d'un arrangement politicien, dans un pays où le pouvoir, de plus en plus en plus déconnecté de la réalité, se dit convaincu que tout s'achète : selon lui, la volonté de ses adversaires d'en découdre pourrait s'évanouir, dès lors qu'ils seraient invités à se joindre aux convives du festin présidentiel�?� Réflexe d'un autre âge.L'homme qui, du temps où il s'opposait au régime d'Abdou Diouf, avait su négocier trois cohabitations avec son adversaire, tout en jouissant des attributs du pouvoir qu'il était sensé contester, semble considérer que le temps est demeuré immobile, persuadé que les recettes �?? et les ruses politiciennes �?? d'autrefois peuvent encore opérer aujourd'hui�?� Cet appel fait aux opposants lors d'une interview télévisée le 9 novembre dernier, au mépris de toutes les règles de la compétition démocratique, révèle la défaillance rédhibitoire de ce pouvoir devenu incapable de décrypter les ressorts d'une contestation massive, exprimée aussi bien par les politiques traditionnels que les mouvements spontanés de la jeunesse, de même que les organisations de la société civile.En se contentant d'observer de son balcon, les manifestations populaires, en opposant à la montée des mécontentements le mépris et l'indifférence, ce pouvoir devenu autiste et replié sur ces fébriles certitudes, a fermé les portes à toutes les formes de négociation. La fronde politique traditionnelle s'est transformée en un rejet massif du pouvoir. Depuis l'accession à l'indépendance, le pays n'avait jamais connu un tel degré de crispation, et l'architecture polémologique actuelle de la scène politique fait craindre tous les débordements, et une crise majeure. En opposant, en dépit du simple bon sens, et avec une rare arrogance, la primauté de son agenda à la revendication populaire, dans un pays où l'attachement aux libertés collectives relèvent de la culture nationale, l'opposant autoproclamé « panafricaniste » de naguère, s'est transmué, inexorablement, aux yeux de l'opinion en une banale incarnation du pouvoir personnel, de la gestion privative de l'espace national, pathologiquement convaincu que sa destinée se confond à celle de la collectivité qui lui a accordé un bail temporaire dont il a méthodiquement détourné les clauses essentielles.L'éternité au pouvoir ? Triviale dérive�?� Pour cet ultime épisode de son itinéraire, Wade pourrait bien ne laisser dans l'histoire que le souvenir d'un Mugabe de l'ouest. Il est des combats qu'il faut se garder d'engager. L'ancien chef d'Etat béninois, Mathieu Kérékou, rompu à toutes les man�?uvres, mais fortement instruit des imprévisibles retournements de l'Histoire dans son pays, avait un jour conseillé à l'un de ses homologues rétif aux vertus démocratiques : « Il faut savoir quitter les choses, avant qu'elles ne vous quittent »�?� Une leçon d'actualité pour bon nombre de candidats tardifs à l'exercice autocratique du pouvoir.A une époque lointaine de grande proximité avec Abdoulaye Wade, alors que je l'interrogeais sur son activisme d'opposant jamais essoufflé au régime d'Abdou Diouf, il m'avait répondu sur un ton professoral : « Pour gagner ce combat, il faut une idée nouvelle par jour »�?� Le bluff était parfois au rendez-vous�?� L'homme a continué d'appliquer cette méthode, une fois parvenu au pouvoir�?� Quitte à produire une mauvaise idée par jour�?� Sa nouvelle candidature à la prochaine présidentielle pourrait se révéler la mauvaise idée�?� de trop.Par Francis Laloupo

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