Les petites et moyennes entreprises (PME) malgaches ont le plus souffert de la crise politique qui dure depuis 2009, avec des pertes de marchés de 25% en moyenne dans une économie dominée par le secteur informel et quelques grosses sociétés.
"Les PME sont moins solides.Avec moins de fonds propres, elles étaient moins armées pour affronter les difficultés", indique Noro Andriamamonjiarison, présidente du GEM (Groupement des entreprises de Madagascar).
"Le secteur ayant le plus souffert est sans conteste le BTP (bâtiments et travaux publics).Très dépendant des bailleurs de fonds, son chiffre d'affaire global est passé de 700 milliards à 200 milliards d'ariary (260 millions à 74 millions d'euros), et il a perdu 7.000 emplois", précise-t-elle.
Selon le PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement), un total de 200.000 emplois formels aurait disparu depuis l'éviction, en mars 2009, du président élu Marc Ravalomanana par Andry Rajoelina.
A la tête d'un régime de transition, celui-ci est censé ramener le pays vers l'ordre constitutionnel, mais les politiciens malgaches peinent à s'entendre sur un processus de sortie de crise.
Pendant ce temps, la majorité des aides internationales, qui contribuaient pour 50% au budget de l'Etat, dont 75% pour son budget d'investissement, ont été interrompues.Des dizaines d'entreprises en zone franche textile ont fermé suite à la suspension de l'accès préférentiel au marché américain (AGOA).Et le tourisme a largement chuté, avant de redémarrer cette année.
Toutes ces incertitudes ont contribué à une fragilisation générale de l'économie malgache, et à une baisse de la consommation des ménages.
Propriétaire de plusieurs boutiques de vêtements chics à Antananarivo, Herijaona Randriamajanirina a vu l'un de ses magasins dévalisé lors des pillages de janvier 2009.Il l'a rouvert cinq mois plus tard, mais son chiffre d'affaires est resté 40% plus bas qu'en 2008.
Client d'une banque de micro-finance, il a dû demander un rééchelonnement de son prêt, alors même que la pression fiscale augmentait durant la même période.
Ses ventes ne se sont pourtant pas effondrées, grâce à l'apparition d'une clientèle différente: "Il y a beaucoup de nouveaux riches, je ne sais pas d'où l'argent vient, mais ils achètent beaucoup."
"Dans la ville, on voit construire des immeubles.Ce sont des investissement financés par des revenus qui sont hors système", confirme Mme Andriamamonjiarison, alors que divers trafics prospèrent.
Zoé Razanamahefy s'agrandit lui aussi, aménageant actuellement une terrasse panoramique.Mais son activité est reconnue : propriétaire d'une pâtisserie, il se développe dans l'hôtellerie, pour "anticiper la reprise".
Pour lui le pays doit surtout en finir avec la transition politique: "La crise de 2002 (un conflit post-électoral) avait duré sept mois.Cette fois, bientôt trois ans, c'est très long pour les classes moyennes".
Ces classes moyennes sont aussi le coeur de cible de la société Bongou, réputée pour son foie gras, qui a "perdu de l'argent en 2009".Alors qu'elle abattait 700 à 1000 canards par semaine, pour une production d'environ 30 tonnes, Josette Razafiarisoa se contente aujourd'hui de 400 à 500 canards, pour 20 tonnes de foie gras.
Elle a cependant conservé ses 70 employés: "Nous avons minimisé nos dépenses, par exemple sur les carburants, en envoyant nos coursiers par taxi-brousse ou en allant moins souvent à Behenjy", à 50 km, là où se trouvent la majorité de ses gaveurs d'oies.
Alors que la croissance du pays va encore être tout juste positive cette année, combien de temps les PME malgaches pourront-elles résister?"Beaucoup ont déjà disparu.Il est très clair qu'on arrive au bout de ce qui est supportable", juge Mme Andriamamonjiarison."Même le budget de l'Etat ne pourra pas tenir plus d'un an sans l'aide des partenaires financiers."
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