Trois Camerounais, arrêtés en juillet, ont été condamnés à la peine maximale, soit cinq ans de prison, pour homosexualité par la justice du Cameroun dont la législation interdit les pratiques homosexuelles à l'instar de la majorité des pays du continent africain.
Le tribunal de première instance d'Ekounou (Yaoundé) a condamné mardi "les trois" personnes poursuivies pour homosexualité "à cinq ans de prison ferme et au paiement de 200.000 FCFA (300 euros) d'amende", a affirmé mercredi Me Michel Togué, un de leurs avocats, qui a fait appel de la décision.
Selon lui, deux des accusés, âgés de 19 et 20 ans, étaient présents à l'audience et ont été reconduits à la prison tandis qu'un mandat d'arrêt a été émis à l'encontre du troisième, absent, âgé de 22 ans, qui avait bénéficié d'une mesure de liberté provisoire.
Selon la police, les trois hommes avaient été surpris alors qu'ils avaient des rapports sexuels à bord d'un véhicule dans le quartier Essos à Yaoundé en juillet.
Tous trois avaient été inculpés de "faits d'homosexualité".
La condamnation "est une mauvaise décision parce qu'il y a eu une violation flagrante des dispositions de la loi", a affirmé Me Togué selon lequel l'attitude et les commentaires du juge tout le long "des débats" laissaient "transparaître" qu'il est "homophobe".
"C'est un scandale", s'est insurgée, Me Alice Nkom, présidente de l'Association pour la défense des droits des homosexuels (Adefho).
"Ce n'est pas digne d'une justice moderne au service de la démocratie dans un pays comme le Cameroun.C'est une décision choquante et inacceptable.Ce n'est pas digne d'un pays qui parlerait de droits de l'Homme", selon Me Nkom.
L'avocate s'est aussi montrée critique du juge tout en se référant au président de la République Paul Biya: "Je ne peux pas imaginer que ce soit un message envoyé aux homosexuels."Le message, je le tiens du président de la République qui continue à dire que ça (l'homosexualité) relève de la vie privée.Pour moi ce juge (du tribubal) n'est pas représentatif de la position du Cameroun ni par rapport aux droits de l'Homme ni par rapport à la promotion d'un Etat de droit".
Sismondi Barlev Bidjocka, président du Rassemblement de la jeunesse camerounaise (RJC) qui revendique plus de 400 associations de jeunes, s'affirme lui "très content" et milite pour plus d'arrestations.
"Les Occidentaux veulent nous imposer les excroissances de leurs civilisations.Nous n'en voulons pas.Nous devons préserver nos valeurs culturelles.L'homosexualité n'en fait pas partie.Notre loi la condamne.C'est pourquoi nous la combattons", a-t-il poursuivi.
"Nous avons d'ailleurs engagé une lutte contre les homosexuels.Nous nous inscrivons sur des forums comme des homosexuels.Nous attirons vers nous les homosexuels et lorsqu'ils viennent à un rendez-vous, nous les livrons à la police.Cela nous a permis d'en livrer sept depuis le début de cette année", s'est-il félicité.
En août 2010, les ONG américaine Human Rights Watch (HRW) et camerounaise Alternatives-Cameroun avaient demandé la dépénalisation des pratiques homosexuelles au Cameroun, invoquant les recommandations du Comité des droits de l'homme des Nations unies.
Selon ce comité, la criminalisation de l'homosexualité "viole les droits à la vie privée et à la liberté de ne pas être discriminé".
Le 26 août, quatre autres Camerounais ont été écroués après avoir été inculpés d'homosexualité.L'instruction de leur affaire est en cours, selon Me Togué, aussi leur avocat.
Trente-huit des 53 Etats africains ont des lois pénalisant l'homosexualité.Et la tendance est à la sévérité, comme au Burundi qui a créé en 2009 une peine de prison pour punir les relations entre partenaires du même sexe.
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