"Nous sommes tous scandalisés", déclare Mahamane, reflétant le sentiment général des Maliens rencontrés par un journaliste de l'AFP à Gao et Homborui (nord), après l'enlèvement jeudi et vendredi de cinq Européens, dont deux Français, et le meurtre d'un touriste allemand.
Mahamane, fonctionnaire à Gao, qui se tient la tête entre les mains en signe de deuil, condamne très fermement "ces actes criminels".
A ses côtés, Oumar Sylla, enseignant, s'emporte: "Les étrangers viennent chez nous au Mali, parce qu'ils nous aiment bien, et voilà que des criminels s'attaquent à eux.Nous devons nous révolter".
Dimanche matin, une poignée d'évangélistes de Gao, où la population est musulmane à plus de 95%, ont "prié pour le repos de l'âme" de l'Allemand tué vendredi à Tombouctou alors qu'il résistait à son enlèvement par des hommes armés qui ont enlevé trois autres touristes européens se trouvant avec lui.
"Nous avons prié pour tous, pour qu'on retrouve les otages, pour que le terrorisme ne gagne pas du terrain", dit Dieudonné, un Centrafricain vivant à Gao.
"Il faut que l'Etat malien réunisse tous les moyens pour écraser les terroristes, c'est son rôle de faire ça", lance un enseignant en colère.
C'est de Gao que des soldats français et maliens ont mené pendant près de trois jours des recherches pour retrouver la trace de deux Français enlevés jeudi dans leur hôtel d'Hombori, localité située à 240 km de là.
Après des informations faisant état de la présence des ravisseurs et de leurs otages dans le grand nord du Mali, vers la frontière algérienne, les soldats français sont repartis, mais dès qu'une voiture passe en trombe en direction de l'aéroport, les rumeurs sur leur retour vont bon train. "Non, les avions français qui étaient ici jusqu'à hier samedi, sont partis.Les militaires français venus participer aux recherches sont également partis", tient à affirmer un policier en tenue.
A Hombori, en particulier à l'hôtel Dombia, modeste bâtiment en terre ocre où les deux Français ont été enlevés en pleine nuit, c'est également la consternation. Leur chauffeur, qui tient à garder l'anonymat, montre sur son portable les photos des deux hommes, Serge Lazarevic et Philippe Verdon: le premier est plutôt costaud, l'autre plutôt frêle.
Présentés comme géologue et ingénieur venus dans la région faire des prélèvements de sol pour le compte d'un société malienne, MM.Verdon et Lazarevic ont un passé trouble et les raisons de leur présence à Hombori restent mystérieuses,
"C'est un deuil pour le Mali cette histoire", affirme le maire de la ville, Amadou Bedy.
Pour faire progresser l'enquête, onze gendarmes sont venus en renfort du sud du pays."Nous avons eu quelques pistes intéressantes", a affirmé une source judiciaire sans plus de précisions.
Au marché de Hombori, où la chaleur est suffocante, les commentaires sur les enlèvements à l'hôtel Dombia et à Tombouctou vont bon train. "Qu'allons nous devenir ici sans les touristes étrangers?" s'interooge Lalah, le chef des guides touristiques locaux."Nous sommes foutus", affirme-t-il.
"Moi, je crois que nous sommes à notre tour otages de la situation, nous devons nous soulever", tonne un étudiant.
Ces derniers enlèvements, en particulier ceux de Tombouctou, ville historique et ancien haut lieu touristique du Mali d'où les quelques rares touristes occidentaux qui s'y trouvaient encore ont été évacués samedi, porte un coup fatal à l'économie malienne.
Une économie déjà fortement éprouvée par les activités de la branche maghrébine d'Al-Qaïda qui a installé des bases dans le nord du Mali et est soupçonnée d'être à l'origine des derniers enlèvements.
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