Aux confins du Soudan du Sud, des marais sans fin et une malaria endémique

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NYAL (AFP) - (AFP)

A son arrivée au dispensaire de Duong, Daniel pouvait à peine ouvrir les yeux.Quelques jours plus tard, ce bébé de huit mois semble coûte que coûte vouloir les maintenir ouverts, dans une lutte acharnée contre une grave crise de malaria.

L'arrivée par avion dans le plus proche village de Duong, Nyal, offre un spectacle saisissant: aux portes de ce hameau reculé du Soudan du Sud, des terres marécageuses s'étendent à perte de vue, interrompues par endroits par des îlots de peuplements où paissent quelques chèvres.

Les marais du Sud, qui alimentent le cours du Nil Blanc, sont parmi les plus grands au monde et source d'une importante biodiversité.Mais les eaux y sont de véritables nids à moustiques, et le paludisme frappe de plein fouet.

Ce jour-là, sept des huit lits sont occupés dans le petit dispensaire de Duong de l'ONG allemande Hoffnungszeichen (Signe d'espoir).La plupart des patients admis sont des enfants, avec leurs mères.Quatre d'entre eux souffrent de malaria, "le principal problème ici", confirme Amos Gichaba Oyaro, responsable de la clinique.

Au Soudan du Sud, indépendant de Khartoum depuis seulement juillet et l'un des pays les plus pauvres du monde, le paludisme est considéré par les Nations unies comme "hyper-endémique".

Selon des chiffres onusiens datant de respectivement 2005 et 2006, plus de 40% des visites de patients aux établissements de santé l'étaient pour malaria et 80% des ménages ne disposaient pas de moustiquaires traitées.

A Nyal, les marais sont aussi sources de diarrhée et de bilharziose, une maladie parasitaire.Et dans une région en manque cruel d'établissements sanitaires, la petite équipe médicale de Duong est débordée.

Dans la cour de la clinique, des dizaines de patients attendent, qui ont marché souvent plusieurs heures pour se faire soigner.

Le paludisme aggrave les fausses couches

M. Oyaro dit ne pas manquer de médicaments, mais la clinique souffre de son isolement: à six heures de route de Bentiu, la capitale de l'Etat d'Unité (nord) où elle se trouve, elle est approvisionnée par avion depuis l'Etat voisin de Lakes.

"S'il pleut, il arrive que l'avion vienne et reparte sans se poser," raconte-t-il.Terreuse, située au beau milieu du village de Nyal, "la piste d'atterrissage n'est pas en bon état, parfois les pilotes ne veulent pas atterrir".

Elizabeth Nyaluak, la mère de Daniel, vient de Lungmeth.Il lui a fallu trois heures pour atteindre Duong."Il n'y a pas d'autres établissements dans le coin," dit-elle.

A son arrivée, le bébé "avait des difficultés à respirer, des convulsions, une forte fièvre", raconte M. Oyaro.Son coeur, ses reins étaient atteints, il était dans une situation critique.

Trois jours plus tard, le chef de la clinique est confiant sur ses chances de survie, "sa réaction aux médicaments est bonne".

Dans les bras de sa mère de 26 ans, vêtu d'un simple T-shirt, les jambes recouvertes d'un drap, Daniel respire tout de même encore vite.Les mouches dans ses yeux le font à peine cligner.Son petit poing, constamment serré, continue de trembler.

Si le paludisme menace les jeunes enfants, dans cette région également frappée de forts taux de mortalités infantile et maternelle, il complique aussi les grossesses.

Un enfant sur sept meurt avant ses cinq ans et une femme enceinte sur sept risque de mourir de complications de sa grossesse.

Alex Ndone, l'infirmier-accoucheur, termine de s'occuper d'une mère arrivée à la clinique après une fausse couche.Son utérus contenait encore des morceaux de placenta.

L'infirmier n'est pas encore en mesure de déterminer la cause de cette fausse couche.Mais la plupart du temps, dit-il, c'est la malaria qui les provoque.

Pour traiter les femmes enceintes contre le paludisme, "nous leur donnons de plus faibles doses de quinine", explique-t-il.Mais "nous sommes parfois dans des situations où nous devons donner des médicaments qui peuvent provoquer des fausses couches".Pour sauver la mère, dit-il.

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