L'Assemblée constituante tunisienne examinait mardi un projet de "mini-constitution" permettant la formation d'un gouvernement, une "urgence absolue" selon plusieurs élus qui ont souligné la situation explosive dans la rue.
Les 217 députés doivent examiner un texte de 26 articles sur l'organisation des pouvoirs publics qui permettra le démarrage effectif des institutions de l'Etat, un mois et demi après les élections du 23 octobre, et alors que la situation économique et sociale se dégrade de jour en jour.
Les débats s'annoncent fastidieux malgré l'"urgence", admise par de nombreux députés, de former rapidement un nouvel exécutif.
L'élection du président de la République et la formation du gouvernement ne pourra intervenir qu'après l'adoption de la "mini-constitution", qui définit notamment les prérogatives de chacun.
Selon Nourredine Bhiri, porte-parole du parti islamiste Ennahda, première force au sein de l'Assemblée, "la Tunisie connaîtra, inch'allah, son président jeudi".
La présidence doit normalement revenir à Moncef Marzouki, dirigeant du Congrès pour la République (CPR, gauche nationaliste) et le gouvernement à Hamadi Jebali, numéro 2 d'Ennahda.
"Nous sommes conscients de l'urgence de la situation, et de la tension dans la rue et le pays.Il faut donner un coup de fouet au processus", a déclaré à l'AFP le porte-parole du CPR Abdelawab Matar, peu avant l'ouverture de la séance plénière.
A la reprise des débats mardi après-midi après une longue suspension, l'élu d'Ennahda Nourredine Bhiri a annoncé "de grandes concessions" de la part de son parti.
Il a prôné l'inscription du Code du statut personnel, qui donne à la femme tunisienne de larges droits, dans une loi fondamentale et non ordinaire.Il a également annoncé que son parti acceptait le principe du vote d'une motion de censure à la majorité absolue (50% + 1) et non, comme prévu initialement, à la majorité qualifiée des deux tiers.
Ce point avait suscité l'ire de l'opposition qui craignait que le futur gouvernement dirigé par un islamiste soit de facto indéboulonnable en raison du rapport de force à l'Assemblée, où Ennahda dispose de 89 sièges sur 217.
Tension sociale et incidents à la Faculté
A l'extérieur de l'Assemblée, des milliers de personnes ont manifesté dans le calme en scandant notamment les slogans de la révolution tunisienne: "Liberté et dignité".
"Nous sommes fatigués d'attendre.A la limite on s'en fout de qui sera au gouvernement.Qu'ils se partagent le gâteau, nous on veut du travail!" a déclaré à l'AFP Nizar Jeridi, un chômeur de 23 ans.
Venu du bassin minier de Gafsa, une région déshéritée du centre en proie à de régulières éruptions de violence, il campe avec plusieurs autres chômeurs depuis près d'une semaine devant l'Assemblée.Ils resteront "jusqu'à la formation d'un gouvernement qui puisse prendre des décisions urgentes", a affirmé un autre chômeur, Ali Jedlaoui.
Sit-in, grèves et éruptions de violences se multiplient en Tunisie, où tous les indicateurs sont au rouge: croissance nulle voire négative en 2011, et un taux de chômage qui dépassera les 18%, selon le gouverneur de la Banque Centrale tunisienne Mustapha Kamel Nabli.
Les tensions entre "islamistes" et "modernistes" se creusent aussi, et les salafistes, bien que minoritaires en Tunisie, donnent de la voix.
La faculté des lettres de La Manouba a été contrainte de fermer mardi après de nouveaux incidents provoqués par des manifestants qui contestent l'interdiction du niqab à l'université et ont empêché le doyen de la faculté d'accéder à son bureau.
Quelques dizaines de personnes, dont des salafistes, en majorité étrangers à la faculté selon la direction, campent depuis le 28 novembre dans l'enceinte du campus.
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