Dix ans après sa mort, Léopold Sédar Senghor, poète de renommée mondiale et premier président du Sénégal, inspire toujours les hommes politiques et de culture de son pays, mais ses admirateurs dénoncent des tentatives de l'effacer de la mémoire.
Senghor, un des chantres du mouvement littéraire de la Négritude lié à la lutte anti-colonialiste et qui met en en avant l'identité noire et sa culture, né en 1906, est décédé le 20 décembre 2001 à Verson (France), après avoir dirigé le Sénégal de 1960, année de son indépendance, à 1980.
Il s'est ensuite volontairement retiré du pouvoir au profit de son Premier ministre d'alors et actuel responsable de la Francophonie, Abdou Diouf.
"Le nom du Sénégal est inséparable de Senghor partout dans le monde.Senghor, c'est notre visa", affirme l'écrivain sénégalais Amadou Lamine Sall.
Il a contribué à faire du Sénégal "un Etat moderne, stable et relativement démocratique.Il n'y a pas un seul secteur qui ne porte son empreinte, qu'il soit économique, social, culturel ou autre", dit Mody Niang, auteur d'un ouvrage sur l'héritage de Senghor.
Le Parti socialiste (PS), qu'il a fondé en 1948, continue de "se référer à Senghor qui lui a donné une armature idéologique et doctrinale", affirme son responsable Ousmane Tanor Dieng.
Dans les universités sénégalaises, le nombre de travaux d'étudiants sur la pensée de Senghor "augmente depuis sa mort", indique Oumar Sankharé, agrégé de grammaire française à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar
Mais pour l'écrivain Amady Ali Dieng, "Senghor est oublié par les Sénégalais.Qui défend la Négritude aujourd'hui et qui ose ?".Pour cet ancien opposant à Senghor, "ses disciples n'ont pas d'influence" au plan littéraire et le poète et homme d'Etat admis à l'Académie française "était au service de la France".
Selon des témoignages, Senghor est inconnu de nombreux Sénégalais, trop jeunes, nés après son pouvoir.Pour le journaliste Bara Diouf, un de ses proches, "c'est le résultat des carences du système éducatif sénégalais".
Après la "désenghorisation", le culte
Pour le 10e anniversaire de sa mort, des conférences et expositions doivent être organisées à Dakar et Saint-Louis (nord) par le PS et la Fondation Senghor créée en 1974, dont le siège est à Dakar et vise à favoriser l'enseignement supérieur, la culture et la recherche.Mais pas d'hommage national.
Son culte avait débuté en 1996, au 90e anniversaire de sa naissance, quand Abdou Diouf avait baptisé à tout va des lieux de Dakar, où il est enterré, du nom de Senghor: aéroport, avenue et plus grand stade du pays.
Avant cela, le même Abdou Diouf avait été "à la base de la désenghorisation", affirme le Professeur Oumar Sankharé.
"Ses collaborateurs et lui ont tellement fait de misères à Senghor, après son départ du pouvoir, pour l'effacer de l'esprit des Sénégalais avec des attaques contre sa personne, ses proches et les institutions qu'il avait mises en place", dit-il.
Pour Amadou Lamine Sall, Abdou Diouf "voulait légitimement prouver que lui, c'était lui.Plus tard, il s'est rattrapé".Le président Diouf s'est défendu d'avoir oeuvré contre son ancien mentor.
Le président Abdoulaye Wade, dont l'élection en 2000 a mis fin à 40 ans de régime socialiste, est "fasciné par Senghor, essaie de l'imiter, même s'il le critique", fait remarquer Oumar Sankharé.
Wade, qui fut un de ses plus farouches opposants, a rétabli ou réalisé des évènements ou infrastructures culturels initiés par son prédécesseur, comme le Festival mondial des arts nègres, le théâtre national de Dakar.
Sur une maquette du projet du musée des civilisations noires, on peut lire: "Senghor en a rêvé, Wade le réalise".
Récemment, l'Etat sénégalais a racheté la maison dakaroise de l'ancien président, pour en faire un musée.En 2010, le président sénégalais avait cependant déclaré: "Je ne pouvais pas m'entendre avec Senghor.Il n'avait pas les pieds sur terre".
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