Debout dans le halo aveuglant d'une ampoule de 250 watts, Hilary Turyamugumya scrute avec espoir le ciel nocturne."Tous les soirs je prie pour qu'il y ait de l'électricité, et ensuite je prie pour que les sauterelles viennent", raconte l'Ougandais à l'AFP.
A 33 ans, il gagne sa vie grâce aux insectes sauteurs.Débarrassées de leurs ailes et frites avec des oignons, les sauterelles sont une friandise pour les habitants du centre du pays.Arrosées de bière, elles sont avalées par poignées dans les bars de Kampala.
Cette époque de l'année est traditionnellement la haute saison pour les chasseurs de ces petites bêtes, mais les fréquentes pénuries d'électricité mettent à mal leur gagne-pain.
Hilary Turyamugumya attire normalement les insectes dans le jardin de son oncle grâce à de vives lumières, avant de les enfumer pour les désorienter, et de les piéger dans une dizaine de bidons d'huiles usagés.
Le travail est difficile en ce moment, affirme-t-il."Le problème c'est l'électricité.Ca va, ça vient.Hier, on n'en a pas eu de la nuit." Or, pas de lumière la nuit, pas de sauterelles à piéger.
Les coupures de courant affectent toutes les petites entreprises ougandaises, des boulangeries aux sociétés de construction : certaines parties du pays vivent désormais plusieurs jours de suite sans électricité.
Le prix de la sauterelle monte en flèche
Hilary Turyamugumya dit, lui, avoir vu son revenu fondre de moitié par rapport à l'an passé.La baisse d'activité est "un problème pour ceux qui attrapent (les sauterelles) et les vendent, et pour ceux qui les consomment", se désole-t-il.
Panier en plastique rempli d'insectes à la main, Andrew Tumulamye acquiesce.
Ce jeune homme de 18 ans récupère de l'argent en vendant ses animaux aux clients des bars de Kabalagala, une banlieue animée de Kampala.Or, le prix du plus petit sac d'insectes a récemment doublé, à environ 45 cents de dollar, douchant l'enthousiasme des moins riches.
"Quand le courant est défectueux, les prix sont élevés et nos clients n'ont pas d'argent", explique-t-il à l'AFP.
La perspective d'une poignée de sauterelles fraîchement grillées est pourtant alléchante pour nombre d'Ougandais.
"Elles ont beaucoup de protéines, et un goût spécial, comme des crevettes", assure Asha Cartier, patronne d'un bar."La tête, c'est ce que je préfère", dit-elle avant d'engloutir une poignée de ces insectes arrosés, pour cette fois, de vodka.
Le gouvernement admet que des années de sous-investissements ont conduit à la situation actuelle : pénurie électrique et recours forcé à d'onéreux générateurs qu'avec la hausse du prix du fioul et l'affaiblissement de la monnaie locale, le gouvernement peine de plus en plus à payer.
L'Ouganda a aujourd'hui une capacité électrique de 380 mégawatts, pour une demande estimée à quelque 445 mégawatts.
La situation devrait finir par s'améliorer, assure le ministre de l'Energie, Simon D'ujanga, à l'AFP : une nouvelle centrale hydroélectrique, d'une capacité initiale de 50 mégawatts, doit entrer en fonction en début d'année prochaine.
"L'avenir sera plus lumineux," estime-t-il."Mais pour l'instant, nous devons composer avec cet inconvénient."
Pour Hilary Turyamugumya et ses collègues, difficile pourtant d'attendre."Nous cherchons d'autres moyens pour s'assurer qu'il y" ait de l'électricité, dit-il."Pour ma part, je songe à acheter un gros générateur."
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