Plusieurs archevêques africains ont adopté des positions en pointe face aux violences religieuses et aux fraudes politiques et économiques, conformément aux directives du Vatican, même si Rome s'inquiète de certaines dérives du clergé en Afrique.
Au Nigeria, le cardinal de Lagos Anthony Okogie et l'archevêque d'Abuja, John Onaiyekan, ont clamé haut et fort qu'il n'y avait pas de guerre de religion, désavouant les appels à la vengeance, et critiquant la faiblesse du gouvernement et ses mesures économiques.
En République démocratique du Congo, le cardinal Laurent Monsengwo a contesté dès décembre les conditions du scrutin ayant réélu Joseph Kabila, comme "conformes ni à la vérité ni à la justice".
La conférence épiscopale, dans un message intitulé "le courage de la vérité", a demandé que les erreurs dans les résultats des présidentielles et législatives soient "corrigées", sans demander l'annulation des scrutins, dans une situation à haut risque.
Au Sénégal, le cardinal Adrien Sarr a critiqué le gouvernement pour ne pas faire assez pour la paix en Casamance.
Au Burkina Faso, l'archevêque de Ouagadougou, Philippe Ouédraogo, a indiqué que les évêques s'opposaient à une révision de la Constitution qui permettrait au président Blaise Compaoré de briguer un nouveau mandat.
Au Cameroun, le cardinal à la retraite Christian Tumi, non suivi par tous les autres évêques, dénonce la corruption du régime du président Paul Biya.Il a reçu en novembre le prix de l'intégrité de l'ONG Transparency International (TI).
Le pape Benoît XVI avait remis en novembre aux évêques l'exhortation du synode africain de 2009 leur recommandant de s'engager pour la réconciliation, la justice et la paix, au delà des clivages ethniques.
Le document du synode, influencé par le génocide du Rwanda en 1994 où les réflexes ethniques l'avaient emporté même dans le haut clergé, cherche à introduire la clarté dans l'engagement politique de l'Eglise: il recommande d'abord un engagement non partisan pour former les jeunes générations à la bonne gouvernance et rappeler des valeurs de l'Evangile.
"la voix des sans voix"
L'Eglise africaine, "qui a oeuvré fortement à la démocratisation des années 90, a encore un grand rôle à jouer pour les droits de l'Homme et la justice économique", a expliqué à l'AFP Mario Giro, expert africain de la Communauté Sant'Egidio.
Si leur prestige de patriarches rend les prélats africains parfois redoutables pour les dictateurs, leur rôle, selon le père togolais Ballong Wen Mewuda de Radio Vatican, ressemble parfois à une "mission impossible".
"L'évêque doit être la voix des sans voix et dire à la société ce qui ne va pas.La génération des évêques actuels en est plus consciente, mais les problématiques sont souvent plus complexes qu'après les indépendances", dit-il.
Certains évêques mènent grande vie, sont parfois démis pour corruption et affaire de moeurs, comme ces dernières années les anciens archevêques de Cotonou et de Bangui, Marcel Honorat Agboton et Paulin Pomodimo.
Surtout leurs liens avec les pouvoirs -confortés par des liens de parenté ou parfois des mallettes de billets--, leurs ethnies ou parfois avec des gouvernements étrangers font qu'ils peuvent être manipulés et sortir de la neutralité.
Ainsi, les évêques du Gabon sont souvent jugés dociles face au président Ali Bongo.Dans certains pays, faute de candidats autochtones sûrs, le Vatican nomme parfois des évêques missionnaires, blancs.
Dans d'autres pays comme la Côte d'Ivoire, les évêques sont apparus très divisés face aux crises politiques, et le Vatican a eu fort à faire pour définir une ligne claire.
"Malgré des exemples de courage, la qualité moyenne des évêques a chuté, alors que le rôle des laïcs est plus positif.Les grandes figures des années 90 ont disparu.Ils ont des problèmes de discipline, le Vatican est en train de faire un nettoyage", juge une source proche du Vatican qui a requis l'anonymat.
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