Le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, a promis lundi une "action renforcée" à l'égard de l'Afrique, domaine qui lui revient totalement après la démission de son secrétaire d'Etat à la Coopération, ignorant ceux qui assurent qu'il reste l'apanage de l'Elysée.
"Sous l'autorité du président de la République et du Premier ministre, je définirai et mettrai en oeuvre désormais directement l'action de la France" en matière de francophonie et de coopération, a déclaré le ministre français."Une action rénovée, une action renforcée, une action dont l'imagination, la solidarité et la fraternité sont les maîtres mots", a-t-il ajouté.
La relation entre la France et l'Afrique était depuis deux ans la principale occupation d'Alain Joyandet, démissionnaire dimanche après sa mise en cause dans la location très coûteuse d'un jet privé à des fins professionnelles et pour un permis de construire douteux pour agrandir sa villa sur la Côte d'Azur.
Le président Nicolas Sarkozy a choisi de ne pas le remplacer et de confier ses missions à Bernard Kouchner.Officiellement, les responsables français démentent tout déclin de l'effort français en matière de coopération.La disparition du secrétariat d'Etat qui lui était dédié vient cependant achever une longue évolution institutionnelle diminuant son importance.
Ainsi, la France a eu pendant longtemps un ministère de la Coopération avant que ce domaine ne soit dévolu à un simple ministère délégué.A la fin des années 90, ce dernier devient un secrétariat d'Etat rattaché au Quai d'Orsay.
Sa disparition ne bouleversera pas la politique de la France, assure-t-on à Paris.Le Quai d'Orsay va continuer de s'appuyer "sur son réseau diplomatique et il bénéficie aussi de celui de l'Agence française de développement (AFD)", bras financier de la coopération française, relève un diplomate.
En période de crise budgétaire, peu d'économies seront réalisées.Le cabinet d'Alain Joyandet était formé d'une dizaine de personnes dont la plupart rejoindront un corps d'origine."On aura des frais d'avion en moins", résume sans rire et sous couvert d'anonymat un responsable du ministère des Affaires étrangères.
La suppression du secrétariat d'Etat survient un mois après un sommet Afrique-France à Nice (sud-est) et à une dizaine de jours de la venue à Paris, avec des troupes qui défileront lors de la fête nationale du 14 juillet, de chefs d'Etat africains issus des ex-colonies françaises.
Alain Joyandet avait noué des liens étroits avec plusieurs d'entre eux mais "c'est le président qui invite" pour cet évènement et son départ "ne change pas grand chose", juge un diplomate.
Depuis l'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy en 2007, la présidence française et singulièrement le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, ont multiplié les interventions dans la mise en oeuvre de la politique française en Afrique.
Pour Jean-Christophe Rufin, qui vient de quitter son poste d'ambassadeur français au Sénégal, Claude Guéant "est très influent sur les questions africaines" et le ministère des Affaires étrangères désormais "complètement marginalisé" à ce sujet.
Selon lui, la France, où les réseaux d'influence et ses conseillers officieux perdurent, n'a pas rompu avec ses anciennes pratiques de l'ombre."Bernard Kouchner est obligé d'avaliser beaucoup de décisions qu'il ne prend pas, parfois c'est à contrecoeur, parfois c'est très difficile", a-t-il dit à une radio sénégalaise.
Interrogé lundi par quelques journalistes, le ministre a rejeté toute marginalisation du Quai d'Orsay au profit de l'Elysée."Je ne le pense pas une seconde", a-t-il dit, avant d'ajouter: "qu'il y ait des influences contradictoires, je le sais".
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