Crise des Soudan: entre un vieil et un nouvel ami, la Chine ne choisit pas

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NAIROBI (AFP) - (AFP)

L'escalade en cours entre le Soudan et le Soudan du Sud contraint la Chine à jouer l'équilibriste, et de plus en plus le médiateur, entre un vieil allié et un nouvel ami de circonstance, qui ensemble lui fournissent environ 5% de ses importations de pétrole, relèvent les experts.

Les délégations de Khartoum et de Juba ont repris cette semaine de très laborieuses négociations à Addis Abeba sur le partage de la manne pétrolière.

Si le Soudan du Sud a hérité des trois quart de la production de l'ancien Soudan -- soit 350.000 barils/jour -- depuis la proclamation de son indépendance en juillet dernier, il ne peut l'exporter que par un oléoduc traversant le Soudan.

De façon révélatrice, le ministre soudanais des Affaires étrangères Ali Karti est allé la semaine dernière à Pékin solliciter son allié de vieille date avant ces nouvelles négociations.

Mais le vice-président chinois Xi Jinping a prudemment appelé Khartoum et Juba "à être patients et à résoudre au plus vite leur différend".

Une déclaration qui illustre "le délicat exercice d'équilibre" auquel est contraint la Chine, relève Laura Barber, spécialiste du dossier à la London School of Economics.

Principal allié d'un Soudan isolé diplomatiquement depuis les années 90, et son premier partenaire économique, Pékin a aidé Khartoum à devenir un important exportateur de pétrole.

Les Chinois ont également armé à profusion les troupes soudanaises en lutte pendant plus de vingt ans contre les rebelles du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM), aujourd'hui au pouvoir à Juba.

Mais dès les accords de paix de 2005, ouvrant la voie à une possible indépendance du sud, la Chine a pris soin de s'attirer aussi les bonnes grâces des sudistes, ceux-là même qui sabotaient ses installations pétrolières il y a peu.

Et alors que la menace d'un conflit ressurgit aujourd'hui entre les ennemis d'hier, "Pékin se retrouve dans une situation précaire, coincé entre un ancien ami, le Nord, et son nouvel ami, le Sud, qui chacun s'efforcent de tirer la Chine de son côté", résume Stéphanie Kleine-Ahlbrandt, directrice pour l'Asie du nord-est au centre d'études International Crisis Group.

15.000 Chinois travaillent au Soudan

"Même si la majorité de son pétrole et de ses intérêts économiques se trouvent maintenant au sud, Pékin n'abandonne pas facilement des amis de longue date", souligne cette spécialiste de la Chine.D'autant que "le Soudan a été un des premiers objectifs de la Chine dans sa campagne de +go out+ (appel aux entreprises chinoises à investir massivement à l'étranger à partir des années 90) et qu'il demeure un allié militaire".

Forte de son expérience au Darfour (elle avait fait pression sur le Soudan pour qu'il accepte le déploiement d'une force internationale dans cette province de l'ouest en 2007), la Chine assure une discrète médiation entre les deux Soudan."Contrairement aux autres acteurs internationaux, la Chine a des moyens de pression dans chaque camp", relève Laura Barber.

"Environ 5% des importations chinoises de pétrole provenaient du Soudan en 2008 (derniers chiffres fiables disponibles), et la compagnie chinoise CNPC est le principal actionnaire de tous les puits de pétrole sauf un" au Soudan du Sud, rappelle Matthew Bell, de l'institut Frontier Economics.

Mais l'enlèvement, même bref, de 29 ouvriers chinois au Kordofan-Sud (Soudan) fin janvier, puis l'expulsion le mois suivant par Juba du représentant chinois du consortium pétrolier sino-malaisien Petrodar ont illustré la périlleuse situation de la Chine, dont 15.000 ressortissants travaillent dans le seul Soudan.

La Chine devra aussi décider si elle finance ou non un projet d'oléoduc visant à exporter le pétrole sud-soudanais via le Kenya -- un casus belli pour Khartoum.

"Il est très improbable que Pékin abandonne son engagement dans les deux Soudan, mais certains analystes chinois mettent aujourd'hui en question le degré de cet engagement", souligne Mme Kleine-Ahlbrandt.

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