"Surchargés", mal payés et sous-équipés, les personnels de santé du Kenya, en grève depuis le 1er mars, se disaient vendredi "démoralisés" par leurs conditions de travail, mais peu impressionnés par l'annonce du gouvernement la veille de révoquer 25.000 grévistes.
Stanley Nderitu, un représentant des grévistes sans affiliation syndicale, estime à 40.000 le nombre de personnels soignants au Kenya, dont la moitié d'infirmiers et infirmières.
"La grève continue!", scandent un peu plus d'un demi-millier d'entre eux, en grande majorité des femmes d'âges divers, rassemblés devant l'entrée de l'immeuble du ministère de la Santé, après une brève marche dans le centre administratif de la capitale kényane.
Seuls deux policiers gardent le bâtiment.L'ambiance est bon enfant, mais les revendications fermes.
"Nyong'o nous voulons nos droits, et toi tu vas te faire soigner à l'étranger!", chantent en swahili les manifestants, à l'adresse du ministre de la Santé Peter Anyang Nyong'o, parti l'an dernier se faire soigner un cancer de la prostate aux Etats-Unis.
Une banderole dénonce le "manque de personnel médical et d'équipement".Une autre réclame "l'amélioration des conditions de travail".Les grévistes interrogés fustigent le sous-équipement des établissements médicaux publics et les pénuries de médicaments.
"Les donateurs (internationaux) devraient surveiller où va leur argent.Il ne va pas chez les patients, mais dans la poche de certaines personnes", glisse une infirmière de 45 ans, qui demande à être appelée Jane.
"Nous sommes en grève en raison de nos mauvaises conditions de travail et de notre salaire misérable", explique de son côté Christine, 32 ans, qui ne donne que son prénom.
Infirmière depuis six ans à l'hôpital de Thika, dans le nord de Nairobi, elle dit n'avoir "pas peur" pour son travail après l'annonce gouvernementale."Notre combat continue", assure-t-elle d'une voix calme, au milieu des coups de sifflets assourdissant des manifestants.
Pour M. Nderitu, la révocation décrétée par le gouvernement est "hors sujet et illégale".
"Le gouvernement n'est pas juste, il refuse d'engager du personnel alors que nous sommes débordées", poursuit de son côté Jane.A l'hôpital de Mbaghati où elle exerce, dans le sud-ouest de la capitale, chaque infirmière s'occupe en moyenne d'une centaine de patients.
Après 22 ans de service, elle dit gagner l'équivalent d'environ 370 euros mensuels après impôts, auxquels il faut retrancher encore diverses cotisations et le remboursement d'un prêt contracté pour pouvoir envoyer ses enfants à l'école.
"Je ramène péniblement 15.000 shillings (environ 135 euros) par mois à la maison", dit-elle."Je vis dans un bidonville, alors que je suis infirmière (...) je n'ai toujours pas de maison à moi, je loue", alors que "les médecins, eux habitent dans des maisons très chères", poursuit-elle.
Pour les grévistes, c'est notamment là que le bât blesse: ils dénoncent les importantes disparités entre leurs primes et celles des médecins."Alignez les primes comme promis", réclame une des banderoles.
"Les médecins reçoivent plus de primes que nous, pendant que nous faisons toutes les tâches ingrates", détaille Jane, ils "ne viennent que trois heures par jour et s'en vont".
"Nous sommes démoralisés.C'est +tout pour les médecins, rien pour nous+", lâche-t-elle, "pourtant quand nous ne sommes pas là, les hôpitaux sont fermés".
La grève a en effet sérieusement perturbé le fonctionnement des établissements hospitaliers publics: le gouvernement affirme que les patients sont privés de soins et la presse kényane fait état de plusieurs décès.
"Nous n'avons tué personne", s'insurge Stanley Nderitu."Les médecins ne sont pas en grève, donc s'ils travaillent personne ne devrait mourir".
Pour Christine, ces accusations sont de la "pure propagande"."Quand les médecins étaient en grève (en décembre dernier), nous avons travaillé, les hôpitaux n'étaient pas fermés et aucun patient n'est mort.Pourquoi devraient-ils mourir désormais?", renchérit Jane.
Au bout d'une heure, rendez-vous est donné lundi chez le Premier ministre.Les manifestants partent siffler et chanter un peu plus loin dans le centre-ville, sous les fenêtres du porte-parole du gouvernement Alfred Mutua qui a annoncé la révocation de 25.000 grévistes jeudi soir.
"Mutua, sors de là et viens me virer une deuxième fois!", défient en choeur les manifestants hilares.
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