Le gouvernement algérien peine à faire face aux fraudeurs et à l'économie informelle qui gangrènent les différents secteurs d'activité et fait perdre à l'Etat des sommes colossales estimées pour les trois dernières années à 10 milliards d'euros.
Sur les 35.000 importateurs inscrits sur le registre de commerce, 15.000 figurent dans le fichier national des fraudeurs en Algérie, a annoncé mardi à la radio nationale le directeur général du contrôle économique et de la répression des fraudes au ministère du Commerce, Abdelhamid Boukahnoun.
"12.000 ont été mis sur ce fichier pour non dépôt de comptes sociaux et 3.000 pour pratiques commerciales illicites", a-t-il dit.
L'inscription sur le fichier national des fraudeurs engendre l'interdiction à l'opérateur d'engager des opérations de commerce extérieur et son exclusion des soumissions pour les marchés publics.
Lundi, le ministre algérien du Commerce, Mustapha Benbada, a estimé pour les trois dernières années les transactions sans factures à 155 milliards de dinars (1,55 milliard d'euros) lors d'un colloque international de deux jours à Alger sur l'économie informelle organisé par le Cercle d'action et de réflexion autour de l'entreprise (CARE) et son ministère.
Mais pour M. Boukahnoun, ce chiffre "n'est que 20% de la valeur réelle" des transactions."On peut dire que le défaut de facturation atteint les 1.000 milliards de dinars (10 milliards d'euros)", a-t-il ajouté.
Un chiffre qui résume l'ampleur du phénomène et la déclaration du ministre selon lequel la moitié du chiffre d'affaires des opérateurs économiques algériens provient de l'économie informelle plante un peu plus le décor de l'économie souterraine en Algérie, pays essentiellement rentier du pétrole et du gaz et qui peine à développer son secteur industriel.
Les experts évaluent le taux de l'économie souterraine entre 20 et 40% du Produit intérieur brut.
Selon certains experts, les opérateurs économiques détenteurs d'un registre de commerce sont obligés de s'approvisionner en matières premières ou en produits finis au sein de l'économie parallèle.
Ces transactions au noir font circuler une masse importante d'argent hors des circuits bancaires et cela "fait mal à l'économie", reconnaît M. Benbada.
Cette circulation fiduciaire importante serait due, selon de nombreux experts, à la non obligation de l'usage de la monnaie scripturale, seule garantie de transparence dans les transactions.
Le gouvernement, qui avait instauré l'obligation de l'usage des chèques, avait dû surseoir en janvier 2011 à cette mesure pour les grossistes au moment des émeutes du 5 janvier qui avaient fait cinq morts et 800 blessés.
Les analystes avaient alors estimé que l'origine des violences était liée à l'augmentation des prix des denrées de base décidée par les grossistes qui anticipaient les sommes croissantes qu'ils auraient eu à verser aux impôts avec cette obligation des chèques.
Selon M. Benbada, cette mesure applicable aux transactions de plus de 500.000 dinars (5.000 euros) n'a pas été abandonnée."Nous avons juste décidé de différer son application pour mieux préparer le terrain".
Nacer Eddine Hammouda, chercheur au Centre de recherche économique appliquée au développement (CREAD), a indiqué à l'APS que le phénomène de l'informel est dû à "un dysfonctionnement économique" en Algérie où le secteur formel ne créée pas assez d'emplois.
"Le poids faible de l'économie non marchande, le marché non concurrentiel, monopolistique, ainsi que le système des prix non adapté aux réalités du marché, selon lui, constituent les éléments de la propagation de l'informel".
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