Le pouvoir militaire égyptien a décrété une journée de deuil national pour les funérailles mardi du patriarche copte Chenouda III, dont la succession s'annonce d'ores et déjà délicate dans un pays en plein bouleversement.
Des milliers de fidèles se sont à nouveau pressés lundi dans la cathédrale Saint-Marc du Caire et à ses abords, patientant longuement avant de s'incliner devant la dépouille placée sur un trône et portant une tiare.
L'attente était toutefois mieux organisée que la veille, où trois personnes ont péri étouffées sous la pression de la foule.Selon le ministère de la Santé 137 personnes ont également été blessées ou victimes de malaises.
"Les gens veulent absolument voir le pape une dernière fois, même un court instant.C'est très émouvant", affirmait l'évêque Kirollos, lui-même venu de Naga Hammadi, en Haute-Egypte.
Les portes de la cathédrale ont été fermées dans l'après-midi pour permettre de préparer la cérémonie, mais de nombreuses personnes sont restées à l'extérieur, portant de portraits du défunt.
De très nombreuses personnalités politiques et religieuses, dont le puissant mouvement des Frères musulmans et l'institution sunnite d'Al-Azhar, ont rendu hommage à Chenouda III, emporté samedi par la maladie à 88 ans, après avoir dirigé la plus importante église chrétienne du Moyen-Orient depuis 1971.
La pape Benoît XVI a évoqué un "grand pasteur", le Patriarche latin de Jérusalem, Mgr Fouad Twal, a transmis ses "plus sincères condoléances" à la communauté copte de même que de nombreux pays étrangers.
La cérémonie de funérailles est prévue en fin de matinée, et doit durer deux heures.Elle sera suivie d'une inhumation au monastère de Saint Bichoï, une centaine de kilomètres au nord-ouest du Caire, où le corps sera transporté par un appareil militaire.Le monastère a été fermé au public pour deux jours.
Tous les drapeaux du pays seront mis en berne dans le cadre du deuil national, mais la journée ne sera pas chômée, ont indiqué les services de sécurité.
Les spéculations ont déjà commencé sur la succession, que pourraient briguer cinq ou six évêques, selon la presse et des commentateurs.
Les enjeux politiques et confessionnels entourant cette fonction, de même que le processus long et complexe de désignation, pourraient rendre ce choix difficile.
Les Coptes représentent 6 à 10% des quelque 82 millions d'Egyptiens.Leur faible représentation politique a contribué à renforcer leur patriarche comme figure de proue de cette communauté face au pouvoir et aux autres forces du pays.
Une hausse des attentats et actes de violence les visant a aggravé leur sentiment d'insécurité et de marginalisation.
"La fonction du pape est devenue politique, en plus de sa nature religieuse.C'est pourquoi nous pourrions assister à un énorme conflit au sein de la direction de l'église lors du processus de sélection", estime dans le quotidien anglophone Daily News Egypt l'intellectuel copte Gamal Asaad.
Très conservateur sur le plan théologique, Chenouda III fut proche du président Hosni Moubarak, poussé à la démission en février 2011 par une révolte populaire.
Sa succession s'ouvre dans un climat politique incertain.Le pays, où les islamistes ont largement dominé les premières législatives post-Moubarak, est dirigé par un conseil militaire en attendant une présidentielle en mai-juin.
Chenouda III fait partie "d'une génération qui disparaît alors que nous assistons à des changements radicaux dans la vie politique et la structure sociale du pays, ce qui renforce l'incertitude", estime le cinéaste copte, Daoud Abdel Sayed.
"L'église copte est une institution très conservatrice, elle a besoin comme comme toutes les institutions de la société égyptienne d'être secouée vivement", ajoute-t-il toutefois.
"Chenouda incarnait la sécurité et la sagesse au sein de notre hiérarchie, et il était respecté par les officiels.Nous prions Dieu pour qu'il nous donne quelqu'un avec les mêmes qualités", estime en revanche l'évêque Kirollos.
Le choix du prochain patriarche pourrait prendre plusieurs mois.Selon un règlement datant de 1957, il doit être un Copte d'Egypte, célibataire et âgé d'au moins 40 ans.Il doit aussi avoir passé au moins 15 ans dans un monastère.Un conseil de 1.500 personnes sera impliqué dans la sélection.
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