Des soldats mutins ont annoncé jeudi avoir renversé le président malien Amadou Toumani Touré et celui était, selon son entourage, réfugié dans un camp militaire de la capitale avec des hommes d'élite de la garde présidentielle.
De nombreuses condamnations ont suivi le coup de force dans ce pays du Sahel déstabilisé par une rébellion touareg et des activités de groupes islamistes dans sa partie nord et où était prévue en avril une élection présidentielle.
La France, en particulier, ancienne puissance coloniale, a annoncé la suspension de sa coopération.
"Le président est bien à Bamako, il n'est pas dans une ambassade.Il est dans un camp militaire d'où il dirige le commandement", a affirmé à l'AFP une source militaire loyaliste, ce qu'a confirmé un membre de l'entourage de M. Touré, en précisant qu'il était avec des Bérets rouges de sa garde présidentielle.
Plus tôt, un autre responsable militaire loyaliste avait dit à l'AFP: "le président va bien, il est en lieu sûr" avec certains ministres, sans plus de détails.
Jeudi vers 04H00 (locales et GMT), des militaires en uniforme sont apparus à la télévision nationale qu'ils occupaient depuis mercredi, après une mutinerie partie de Kita, ville-garnison à 15 km de la capitale, qui a gagné Bamako, puis Koulouba (près de Bamako) où se trouve le siège du palais présidentiel.
Ils ont annoncé avoir "fin au régime incompétent" du président Touré, décrété la dissolution de "toutes les institutions" ainsi qu'un couvre-feu d'une durée indéterminée jeudi.
Ils ont aussi annoncé plus tard avoir fermé "toutes les frontières jusqu'à nouvel ordre".
Le putsch intervient après plus de deux mois d'une guerre difficile pour l'armée malienne contre des rebelles touareg, qui mènent depuis mi-janvier une offensive meurtrière dans le nord du Mali, vaste zone déjà en proie aux activités de groupes islamistes armés incluant Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et de divers trafiquants.
Le régime de Touré a dû gérer ces dernières semaines la colère au front, de soldats sous-équipés face à des adversaires lourdement armés, appuyés par des islamistes, mais aussi au sein de leurs familles, qui critiquaient sa réaction molle et l'absence des nouvelles de leurs.
La guerre a fait de lourdes pertes, mais le bilan est difficile à établir de sources indépendantes, et poussé près de 200.000 personnes à se déplacer à l'intérieur du Mali ou dans des pays voisins.
A Gao (nord-est), où est basé un commandement décentralisé de l'armée dans cette guerre, des chefs de l'armée loyalistes étaient détenus jeudi, a dit à l'AFP un des soldats mutinés.
Le lieutenant Amadou Konaré, porte-parole des mutins qui ont formé un Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'Etat (CNRDRE), a dénoncé "l'incapacité" du gouvernement "à gérer la crise" dans le Nord.Les putschistes s'engagent à "restaurer le pouvoir" civil et à mettre en place un gouvernement d'union nationale.
Jeudi en fin de matinée, Bamako ressemblait à une ville morte, avec une circulation très fluide.De nombreux habitants demeuraient chez eux, des tirs de sommation étaient entendus sporadiquement entendu en divers endroits, selon un journaliste de l'AFP et des témoins.
L'aéroport de Bamako a été fermé et les vols annulés "jusqu'à nouvel ordre", a dit à l'AFP une source aéroportuaire malienne.
Des ministres africains des Affaires étrangères qui s'étaient rendus à Bamako pour une rencontre sur la sécurité dans le Sahel, étaient bloqués dans leur hôtel, dont le Kényan Moses Wetangula.
Ce coup d'Etat militaire a mis fin à un processus électoral qui prévoyait la tenue, le 29 avril, d'une élection présidentielle à l'issue de laquelle Amadou Toumani Touré devait céder son fauteuil, conformément à la Constitution qui lui autorisait au maximum deux mandats consécutifs de cinq ans. Elu en 2002, il a été réélu en 2007.
L'unique formation de l'opposition représentée à l'Assemblée nationale malienne, le parti Solidarité africaine pour la démocratie et l'indépendance (Sadi), a été le seul à se prononcer sur le putsch, qu'il a salué.Son président, Oumar Mariko, s'est déclaré prêt à répondre à l'appel des putschistes pour un gouvernement d'union nationale.
Mais l'annonce du renversement du pouvoir a suscité à l'étranger une vague de condamnations et d'appels au rétablissement de l'ordre constitutionnel: Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), Union africaine, France, Algérie, Etats-Unis, Union européenne (UE), ONU et Organisation internationale de la Francophonie, notamment.
La France, un des principaux partenaires bilatéraux du pays, a décidé de suspendre "toutes ses coopérations régaliennes avec le Mali", mais maintient son "aide en faveur de la population".Elle a appelé au respect de l'intégrité physique du président Touré et à la libération des personnes détenues.
Le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, a souhaité des élections "le plus vite possible".
Le président de la Commission de l'Union africaine (UA), Jean Ping, a condamné "fermement" le coup d'Etat et demandé aux mutins de "mettre un terme à leur action (...) qui constitue un sérieux recul pour le Mali et pour les processus démocratiques en cours sur le continent".
L'Algérie a exprimé sa "grande préoccupation" devant la situation au Mali avec lequel elle coopère contre la contrebande et Aqmi.
L'UE a réclamé le retour "dès que possible" au pouvoir constitutionnel et les Etats-Unis ont pressé le Mali de régler les tensions "à travers le dialogue et non la violence".Même appel du secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, qui a "appelé au calme et à ce que les doléances soient résolues pacifiquement".
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